‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 125 sur 164 · I . Pour pieux · texte numérisé non relu

I . Pour pieux

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270 Le Bocage royal.

Quand le prince n'auroit qu'un vestement de laine , Et qu'il retrancheroit par edictz redoutez Les fertiles moissons des ordes voluptez, Couppant, comme Hercules, l'hydre infâme des vices, Par l'honncote sueur des poudreux exercices r

A forcer par les bois un cerf au front ramé , Enferrer un sanglier de défenses armé, Voir levreter (') le lièvre à la jambe pelue, Voir pendre les faucons au milieu de la nue, Faire d'un pied léger poudroyer les sablons, Voir bondir par les prez l'enflure des ballons (2), A porter le harnois, à courir la campagne , A douter sous le frein un beau genêt d'Espaigne, A sauter, à luitter d'un bras fort et voûté : Voilà iesferremens trenchans l'oisiveté.

Mais porter en son ame une humble modestie, C'est à mon gré des rois la meilleure partie. Le prince guerroyant doit par tout foudroyer ; Celuy qui se maintient doit bien souvent ployer; L'un tient la rame au poing , l'autre espie à la hune ; En l'un est la prudence, en l'autre est la fortune. Tousjours l'humilité gaigne le cœur de tous ; Au contraire, l'orgueil attize le courrous.

Ne vois-tu ces rochers, rempars de la marine.? Grondant contre leurs pieds, tousjours le flot les mine, Et d'un bruit escumeux à l'entour aboyant, Forcenant de courroux, en vagues tournoyant , Ne cesse de les battre, et d'obstinez murmures S'opposer à l'effort de leurs plantes si dures, S'irntant de les voir ne céder à son eau.

Mais quand un mol sablon par un petit monceau Se couche entre les deux, il fléchit la rudesse De la mer, et l'invite, ainsi que son hostesse, A loger en son sein : alors le flot qui voit

1. Voir faire les petits aux lièvres, de mesme que l'on dit chienner.

2, Il parle à la façon des Grecs, pour : les ballons enflez.

Le Bocage royal. 271

Que le bord luy fait place, en glissant se reçoit Au giron de la' terre, appaise son courage, Et la lichant se joue à l'entour du rivage.

La Vigne lentement de ses tendres rameaux Grimpe, s'insinuant aux faistes des ormeaux, Et se plie à l'entour de l'estrangère escorce Par amour seulement, et non pas par la force; Puis mariez ensemble , el les deux n'estant qu'un , Font à l'herbe voisine un ombrage commun.

La peste des grans rois sont les langues flateuses, Esponges et corbeaux des terres souffreteuses; Mais le mal le plus grand qu'un prince puisse avoir, C'est quand il hait le livre, et ne veux rien sçavoir,

Le roy dont je vous parle et que le ciel approuve Jamais en sa maison l'ignorance ne trouve, Ayant fait rechercher (d'une belle âme espris) Par tout en ses pays les hom.mes mieux appris. Près de luy les approche, et les rend vénérables, S'honorant d'honorer les hommes honorables. De parolle il les loue, et de biens avancez, Comme ils le meritoient, les a recompensez.

Il a voulu sçavoir ce que peut la nature, Et de quel pas marchoit la première closture Du ciel, qui tournoyant se resuit ea son cours, Et du soleil, qui fait le sien tout au rebours.

Il a voulu sçavoir des planètes les danses, Tours , aspects et vertus, demeures et distances ; Il a voulu sçavoir les cornes du croissant, Comme d'un feu bastard il se va remplissant, Second Endymion amoureux de la lune.

Il a voulu sçavoir que c'esîoit que Fortune , Que c'estoit que Destin , si les influxions Des astres commandoient à nos complexions.

Puis, descendant plus bas sous le second estage, Il acognu du feu la nature volage, Il a pratiqué l'air, combien il est subtil. Comme il est nourrissier de ce monde fertil , Comme il esl imprimé de formes différentes.

272 Le Bocage royal.

I! a cognu la foudre et ses flèches errantes D'un grand bruit par le vague, et si le soleil peint L'arc au ciel en substance, ou s'il apparoist feint.

Puis il a fait passer son esprit sous les ondes, A cognu de Tethys les abysmes profondes, Et du vieillard Protée(') a conté les troupeaux. Il a cognu le flot et le reflot (2) des eaux ; Si la lune a crédit sur l'élément humide. Ou si l'ame de l'eau d'elle-mesme se guide, Eslançant son esprit des terres à l'entour (?) Pour ne vivre en paresse et croupir en séjour.

Puis, venant sur la terre, a visité les villes, Les hommes et leurs mœurs et leurs reigles civilles, Pour sçavoir à son peuple en vertus esclairer, Pour luy lascher la bride ou pour la luy serrer, Cognoissant par effect toutes vertus morales. Puis, entrant sous la terre aux caves infernales, A cherché les métaux, et, d'esprit diligent Cognu comme se fait l'or, le plomb et l'argent, Quelle humeur les engendre es veines de la terre, Et le cuivre et le fer, instrument de la guerre.

Puis d'un si haut travail se voulant soulager, Et d'un docte laurier ses tempes ombrager. Prenant le luth en main qui dextrement me guide. Se va seul recréer en l'antre Piéride (4), Toutes les fleurs d'Euterpe attachant à son front. Apollon, qui l'escoute, et les Muses, qui vont Dansant autour de luy, l'inspirent de leur grâce, Soit qu'il vueille tourner une chanson d'Horace, Soit qu'il vueille chanter en accords plus parfaits Les gestes martiaux que luy-mesmes a faits,

i . Il appelle les poissons le troupeau de Protée , parce que ce dieu est le berger des campagnes humides.

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