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Le Bocage royal. 275
Qui avoient du labour les ampoulles es mains; Tel Euphrate empalmé, de son rivage humide, Vit Salomon régner sur le throne Isacide, Dont les sceptres estoient des peuples redoutez Par la loy que oortoient leurs glaives espointez , Ayant en lieu du fer la douceur pour leur marque. Tel fut le roy François, des princes le monarque. Tel est ce bon Henry, qui. prince très humain, Porte de ses subjects tous les cœurs en sa main.
Ny corceîets ferrez, ny targues, ny heaume, Ny chevaux ny soudars ne gardent son royaume, Ny fossez, ny rempars, mais la seule vertu Qui le peuple comoat sans estre combatu.
Au contraire, Alexandre, affamé d'avarice, Enflé d'ambition, qui réduit en service Le sceptre persien , et qui fit son harnois Luire comme une foudre aux terres des Indois , Et ces fiers empereurs de la maistresse Romme Qui couvroient un aspic sous la forme d'un homme, Estans princes cruels, eurent cruelle fin ; Ou par le fer meurtrier ou par le froid venin Ont espanché leur vie, et, morts sans sépulture, Ont esté des corbeaux et des chiens la pasture , Sans avoir le loisir que les cheveux grisons Vinssent blanchir leur teste en leurs propres maisons. Le bon prince Trajan et le bon Marc Aurelle Ont vieiflars accomply leur vie naturelle, Ont veu pour leur trespas la republique en pleurs. Et leurs tombeaux couvers de cheveux et de fleurs. Nature, qui peut tout, dont le ventre desserre Le germe d'un chacun , ne fait naistre sur terre Rien si parfait qu'un roy modeste et modéré. Au poids de la vertu justement mesuré.
Seul entre les humains il a peinte au visage De Dieu la vénérable et redoutable image : Il en est le miroir; si par un vilain traict De l'image qu'il porte il souille le pourtraict, Si quelqu'un le diffame, empoisonne ou massacre,
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Dieu, jaloux de l'honneur de son saint simulacre, Punira le forfaict , sans laisser impuny D'extrêmes chastimens cil qui l'aura honny, Et, ne souffrant en terre un seul pas de sa trace, Perdra luy, ses enfans, sa maison et sa race, Puis moy, qui de ma langue annonce vérité, En chanteray l'histoire à la postérité.
Ainsi dist la Déesse, et de Sc. bouche ronde Envoya de Henry les honneurs par le monde.
A LUY-MESME
Si l'honneur de porter deux sceptres en la main, Commander aux François et au peuple germain Qui de l'Ourse sarmate habite la contrée; Si des Vénitiens la magnifique entrée (1), Si avoir tout le front ombragé de lauriers , Si avoir pratiqué tant de peuples guerriers, Tant d'hommes, tant de mœurs, tant de façons estranges ; Si revenir chargé de gloire et de louanges, Si ja comme un César concevoir l'univers, Vous a fait oublier le chantre de ces vers, Roy dont l'honneur ne peut s'amoindrir ny s'accroistre, Sans vous dire son nom vous le pourrez cognoistre.
C'est, prince, c'est celuy qui d'un cœur courageux Grimpa dessus Parnasse en groupes ombrageux, Importunant pour vous les filles de Mémoire, Quand Dieu près de Jarnac vous donna la victoire , Quand vostre bras armé fut le jour des François, Quand la Charante, fleuve au peuple Sainctongeois, Vous veit, presque sans barbe, ainsi qu'un jeune Achille, Foudroyer l'ennemy sur sa rive fertile,