‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 129 sur 164 · I . Lors qu'il y passa , s'en revenant de Pologne en France · texte numérisé non relu

I . Lors qu'il y passa , s'en revenant de Pologne en France

Le Bocage royal. 277

Remirant en ses eaux vos armes et l'esclair

De vostre morion et de vostre bouclair,

Qui flamboient tout ainsi que fait une comète,

Qui, glissant par le ciel d'une crineuse traite.

Tombe dessus un champ, et va signant les cieux (')

De cheveux rougissants d'un feu présagieux.

Ce fut quand vostre main , à craindre comme foudre, Fit à la gent mutine ensanglanter la poudre (2) : Quand nos autels sacrez revirent leurs bons saincts Et quand mille estendarts. tout deschirez et teincts De poussière et de sang, pour immortels exemples {a) D'un long ordre attachez pendirent à nos temples.

Encore qu'un tel acte honoré de bon-heur Eust deu trouver à l'heure un superbe sonneur Qui d'un bruit héroïque eust enflé les trompètes, Si est-ce que la voix des plus braves poètes De peur fut enrouée, et le vent de leur sein Ne sortit pour enfler la trompette d'airain , Chacun craignant sa vie en saison si douteuse ( ) , Où celuy, sans trembler d'une crainte honteuse, Qui vous escrit ces vers , asseuré vous chanta , Sur le haut d'Helicon vos trionfes planta. Et si en combatant vostre lance sceut poindre , Célébrant vos honneurs sa langue ne fut moindre; Œuvre si agréable à vous , prince vainqueur, Que vous louastes l'hymne et l'appristes par cœur.

Mais quand toute la France, a tromper bien-aisée, D'ardentes factions et de guerre embrasée,

a. Var. :

Quand de nos ennemis les estendars depeincts, Et tous relents de sang, pour immortels exemples.

1 . Marquant la partie des cieux .<;ous laquelle elle tombe avec un certain présage de malheurs.

2. Quand ceux de la religion prétendue s'estoient mutinez sous son frère.

?. Personne n'osoit escrire en faveur de l'un ny de l'autre party, à cause des ligues des grands.

278 Le Bocage royal.

Estoit sous le razoir, et l'horrible mechef Soustenu d'un filet nous pendoit sur le chef, Et la victoire neutre errant entre les armes, Partizanne, esbranloit le cœur de nos gens d'armes. Incertains qui seroit par la faveur des cieux Des deux camps si puissants le seul victorieux.

Vous, pour sauver le sceptre et nos saints tutelaires , Nos autels, nos maisons, vous-mesmes et vos frères. Et vostre mère, helas ! qui de peur fremissoit , Et tout le Ciel pour vous d'oraisons emplissoit;

Vous, dy-je, enorgueilli de forces animées, Auprès de Montcontour campastes vos armées, Livrastes la bataille , où Dieu vous regardoit Et sa croix dessus vous Jesus-Christ estendoit.

Là furent envoyez par vos mains martiales Seize mille mutins aux ombres infernales. Victimes de Pluton, si que tout Montcontour, La rivière de Dive et les champs d'alentour Sonnoient dessous vos coups, qui pavèrent les places, Champs, chemins et guerets de puantes carcasses. Et d'ossements de morts l'un sur l'autre arrangez.

Les sillons du pays en furent si chargez. Voire si engraissez de charongneux carnages. Et les ventres des chiens et des bestes sauvages (Tombeau des ennemis) si gras et si refaits, Que l'on peust égaler le moindre de vos faits Au plus grand des Romains: tant mérita de gloire A l'extrême péril une telle victoire.

Celuy qui la chanta, ravi d'esprit, alla Sur les bords de Permesse , aux Muses il parla, Les entretint de vous , et vous fit un tel hynne Que la langue superbe et grégeoise et latine (•) Tournèrent son irançois, fécondant par ses vers Vostre nom admirable en ce grand univers.

Un jour qu'il ceiebroit le feu Roy vostre frère ,

1 . Ce fut Daurat qui fit la traduction latine de l'Hydre dirait. P. B.

Le Bocage royal. 279

Son Charles, son seigneur, prince tout detronnaire, Le tançant luy disoit : « N'escrivez point de moy , Escrivez de mon frère, escrivez de sa foy, Et comme sa vertu, prodigue de prouesse, S'immolant en mon heu, le sceptre me redresse.»

Admirant telle amour, qu'au monde on ne voit plus, Il bastit de Castor le temple et de Pollux , Et vous le dédia, pour remarque immortelle D'une rare amitié si saincte et fraternelle.

C'est celuy qui pour vous en cent mille façons Fit sonnets et discours , eclogues et chansons , Mascarades, tournois, et chifTres et devises, Et, bref, qui a chanté toutes vos entreprises.

Mesme à vostre berceau, quand encor vous pendiez Ez bras de la nourrice, et vers elle tendiez Les mains en vous jouant, il prist la hardiesse De vous sonner une ode en si basse jeunesse^ Et faisiez , tout ravi , la teste sou-levant , Semblant de vostre front de l'aller approuvant.

Quand vous fustes esleu monarque de Polongne, Quand Dieu sur vostre teste en posa la couronne, Etqu'il fallut partir d'entre les bras aimez De vos plus chers parents, en larmes consommez, Qu'il vous fallut laisser le doux air de la France, Capitaines, soldats, amis et cognoissance. Que chacun vous suivoit d'une humble affection , Il ne chanta jamais de telle élection.

D'autant qu'elle emportoit des François la lumière Pour en pays estrange esclairer la première.

Or' à vostre retour, qui luist comme un soleil , Sortant de l'Océan en flammes nompareil , Qui donne jour aux siens, dissipant les ténèbres, Et de nostre feu Roy(i} les complaintes funèbres, Il a, gros d'Apollon , célébré ce retour. Les hommes volontiers honorent plus le jour Que la nuit ténébreuse , et Vesper n'est si belle

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