A ELLE MESME
j /^omme une mère, ardente en son courage I V>4De voir son fils , ne bouge du rivage, Et, sans laisser par le somme fléchir Ses yeux, attend s'elle voira blanchir De son enfant la voile messagère Le ramenant de la rive estrangère, Oij maugré luy longtemps avoit esté De la tempeste et du vent arresté ;] Comme une belle et jeune fiancée, De qui l'amour reveille la pensée, Souspire en vain son amy nuict et jour, Et, triste, attend l'heure de son retour, [Et telle ardeur de le voir la transporte Qu'à la fenestre, au chemin, à la porte Cent fois le jour et cent va regardant; Mais en voyant que le temps cependant De sa promesse est jà passe, à l'heure. En s'enfermant dedans sa chambre pleure , Gemist, souspire et mord le lict en vain ; Puis, discourant d'un jugement mal sain Sur ce qui peut retarder la présence Du jeune amant , à toute chose pense , Resve, discourt, et, pleine d'amour, fait Par trop douter que jamais satisfait] N'est son penser, qui, mal ferme, chancelle,
Feignant tousjours quelque cause nouvelle 'a, ,
De tel desir toute France, qui pend De vos vertus, vostre présence attend . Et le retour de nos deux jeunes princes, Qui dessous vous cognoissent leurs provinces.
Mais, quand on dit que Phebusaux grandsyeux Aura couru tous les signes des cieux . Et que la Lune, à la coche attelée De noirs chevaux, sera renouvelée Par douze fois sans que veniez icy, Paris lamente et languit en soucy, Et ne sçauroit, quoy qu'il pense ou regarde, Songer le poinct qui si loin vous retarde.
Seroit-ce point le Rhosne impétueux?
Le cours de Seine aux grands ports fructueux Est plus plaisant. Seroit-ce point Marseille ? Non, car Paris est ville sans pareille; Bien que Marseille, en ses tiîtres plus vieux, Vante bien haut ses phocenses ayeux , Qui, d'Apollon fuyans Toracle et l'ire, A son rivage ancrèrent leur navire.
L'air plus serein des peuples estrangers Et le doux vent parfumé d'orangers De leur douceur vous ont-ils point ravie : La peste, helas ! vous a tousjours suivie.
De Languedoc les pâlies oliviers Sont-ils plus beaux que les arbres fruitiers De vostre Anjou, ou les fruits que Touraine Plantez de rang en ses jardins ameiner Je croy que non. Y vit-on mieux d'accord ? Mars en tous lieux (i), de vostre grâce, est mon.
a. Var. ;
Feignant tousjours , tant son esprit chancelle , De son retard quelque cause nouvelle.
I . La paix fut faite durant le voyage de Bayonne . o« Uur sœur Isabelle, royne d'Espagne,' les vint visiter.
^82 Le Bocage royal.
Qui vous tient donq si loin de nous, Madame? C'est le désir de consumer la flame Qui peut rester des civiles fureurs, Et nettoyer vos provinces d'erreurs.
Vostre vouloir soit fait à la bonne heure ! Mais retournez en la saison meilleure.
Et faites voir au retour du printemps De vostre front tous vos peuples contents.
Vostre Monceaux (') tout gaillard vous appelle, Sainct-Maur pour vous fait sa rive plus belle. Et Chenonceau (2) rend pour vous diaprez De mille fleurs son rivage et ses prez. La Tuillerie (?) au bastiment superbe Pour vous fait croistre et son bois et son herbe , Et désormais ne désire sinon Que d'enrichir son front de vostre nom. Et toutes fois ensemble ils ont jurée Une promesse entre eux bien assurée, C'est de tousjours porter habits de deuil (a) Jusques au jour que les raiz de vostre œil Leur donneront une couleur plus neuve, Changeant en verd leur vieille robbe veuve, Et que jamais ils ne seront joyeux, Beaux ny gaillards, qu'au retour de vos yeux.
Si vous venez, vous verrez vos allées Dessous vos pas d'herbes renouvellées , Et vos jardins plus verds et plus plaisans
a. Var. :
Et toutes fois par promesse àsseurée
Ils ont ensemble alliance jurée
De leur vestir de noir habit de deuil.
1. Lieu de plaisance en Brie, tout joignant Sainct Fiacre, et non guères loing de la ville de Meaux.
2. Lieu de plaisance en la Touraine , qui estoit à la royne Catherine.
3. Ce sont les Tuilleries, qui estoient jadis le jardin de la royne.
Le Bocage royal. 385
Se rajeunir en la fieur de leurs ans.
Ou bien, Madame, ils deviendront stériles, Sans fleurs, sans fruits, mal-plaisans, inutiles, Et peu vaudra de les bien disposer, Les bien planter, et bien les arroser; Le jardinier ne pourra faire croistre Herbe ne fleur sans voir l'œil de leur maistre.
Déjà le temps et la froide saison.
Oui vostre chef a fait demy-grison, Loin du travail vous commandent de faire Honneste chère, et doucement vous plaire.
Assez et trop ce royaume puissant A veu son sceptre en son sang rougissant; Aveu la mort de trois rois en peu d'heure. Et d'un grand duc ("i) que toute Europe pleure ; Assez a veu l'audace du harnois Vous résister et corrompre vos lois, Et vos citez l'une à l'autre combatre.
Or maintenant il est temps de s'esbatre, Et de jetter dedans l'air bien-avant Tous vos ennuis sur les ailes du vent.
Qui désormais, vous ayant pour maistresse, Craindra du Rhin l'effroyable jeunesse (2), Les Espagnols aux guerres animez , Ou les Anglois hors du monde enfermez r
Vostre grand nom, que la grand' Renommée Sème par tout , est plus fort qu'une armée : Car, sans combattre, avecque la vertu Vous avez tout doucement combatu.
Si m'en croyez, vous passerez le reste De vos longs jours sans peine ny moleste. Il est bien vray aue , présidant au lieu Que vous tenez dessous la main de Dieu ,
1. François 1er, Henry II, François II, et le duc d'Orléans , troisiesme fils de François 1er, frère de l'un et oncle de l'autre.