‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 156 sur 164 · AU SEIGNEUR CECILE · texte numérisé non relu

AU SEIGNEUR CECILE

Sicilien (1).

octe Cécile, à qui la Piéride

A fait gouster de l'onde Aganippide , A descouvert les antres Cirrheans,

a. Var. :

La race des Sanzay s esc rite dans ton livre.

I . Cécile Sicilien estoit secrétaire d'Estat en Angletene. Ronsard n'existoit plus quand il opina à la mort de la royne d'Escosse Marie Stuard. Il conseilla aussi celle du comte d'Essex. mignon de la rovne Elizabet.

92 Le Bocage royal.

A fait danser sur les bords Pimpleans . A mené voir baigner en la fontaine Sur Helicon ceste belle neufvaine Que Jupiter en Mémoire conceut, Et pour sa race en son ciel la receut,

Je te confesse heureux en mille sortes , Non pour le nom si fameux que tu portes , Venant de l'isle où le géant Typhé, Presque de souffre et de foudre estouffé (Géant rebelle à souffrir indocile^ , En se tournant esbranle la Sicile , Estant lassé de porter d'un costé Le souspiral de Vulcan indonté ;

Non pour autant gue le grand fleuve Alphée , Ayant a'amour la poitrine eschaufée, Revoit s'amie à cachettes, laissant Son bord sacré d'oliviers palissant, Et sous la mer, sans y mesler son onde . Coule léger d'une voye profonde , Ne se laissant à Neptune enfermer, Afin que pur de vagues sur la mer Vienne embrasser son Arethuse chère, Ses oliviers luy donnant pour douaire, Et son sablon des athlètes cognu , Estant de fleuve un plongeon devenu,

Non pour autant que les Muses latine , Angloise et grecque ont mis en ta poitrine Je ne sçay quoy de grand et de parfait, Qui passe en France, et révérer te fait De ces esprits à qui rien ne peut plaire S'il n'est du tout éloigné du vulgaire; [Non pour autant que tu es vigilant, Actif, pensif, ardent et travaillant.

Soit en ta charge ou soit en la police, Et que ta royne, approuvant ton service, Ta conscience et ta fidélité , T'aye avancé en haute dignité.

Et des premiers à son conseil t'appelle,

Le Bocage ROYAL. 595

Et ses secrets les plus hauts te reveile; Non pour autant que tu es avisé, Accort et fin, pratiqué et rusé Au maniment des choses d'importance , Toisant le fait d'une droite balance, Et ordonnant tes avis par raison ; Non pour autant qu'en ta docte maison Loge Phœbus, et que ta sage espose En toute langue heureusement compose ;]

Non pour autant que , courtois et humain , Aux estrangers tu ne caches ta main , Mais doucement les traites et caresses, Les honorant de mille geniilesses {a); Mais pour autant que tu vois de plus près Que nous le port et les yeux et les traits De la beauté de ta reyne si belle, Que rien n'est beau dans son isle auprès d'elle (b), [Dont la vertu , florissante à l'envy De la jeunesse, a le monde ravy, Ardant de veoir telle ame qui assemble Et les vertus et les beautez ensemble, En mesme corps de tous deux revestu , Car la beauté n'est rien sans la vertu.

Or, tout ainsy que i'ame deschargée De son fardeau', qui, pure, s'est logée Dedans le ciel au plus eminent lieu, Ne vit sinon de la gloire de Dieu .

De la beauté, du serain de sa face Et de son œil qui le soleil efface, Si que, ravie en extresme désir De contempler, n'a point d'autre plaisir

a. Var. :

Les b'un-vcignant d'honneurs et de richesses.

b. Var. :

De la splendeur de ton prince, (jui passe L'Honneur d'honneur, et Us Grâces de grâce.

394 Le Bocage ROYAL.

Ny autre bien que telle jouissance, Qui est son heur, son tout, sa suffisance ; Ainsy tu vis de tout bien contenté Par le regard de telle majesté, Comme luisante à tes yeux toute pure , A nous icy seulement en peinture.]

Cécile, on dit qu'après que les geans Furent bruslez, l'un sur l'autre cheans Aux champs.de Phlegre, et que l'ardente foudre Leur triple eschelle eut brisé comme poudre (Foudre que l'aigle en son bec apportoit), Que Jupiter pompeusement estoit Hautain d'avoir aeschargé sa vengeance Sur si meschante et malheureuse engeance.

Et toutefois , comme un vainqueur douteux Qu'il ne restast quelque racine d'eux , Qui de nouveau troubleroit sa victoire, Pour effacer la race et la mémoire De telle gent , du haut ciel devalla , Et bras à bras nostre terre accolla , La remplissant de sa semence heureuse, Semence forte, ardente et vigoureuse , Digne de lui, que la terre receut, Dont tout soudain les rois elle conceut, Portraits sacrez de la haute justice , Pour chastier les geans et leur vice S'il en restoit; puis ce Dieu desiroit De se mirer aux enfans qu'il auroit, Et par les rois cognoistre sa puissance , Car du grand Dieu les rois sont la semblance. Quant la douleur d'enfanter la pressa , A corps preignant estendre se laissa Sous un grand palme, et comme en sa gesine Trois fois appelle à son secours Lucine; Elle invoqua Jupiter, qui des cieux Jettoit sur elle et son cœur et ses yeux; Puis au milieu d'une longue trenchée, En s'efforçant , des rois est accouchée.

Le Bocage royal. ^95

La Majesté ses grandes mains avoit Sous les enfans ; la Fortune servait De sage-femme , et la Vertu chenue Estoit du ciel pour commère venue.

Tous ces enfans ne se ressembloient pas : Les uns avoient petit corps, petits bras, Petites mains; les autres, au contraire, Avoient grands mains et grands bras pour attraire Sous eux le peuple, et sous eux faire armer D'hommes ja terre et de vaisseaux la mer.

L'un en naissant estoit vieillard et sage , L'autre n'avoit ny force ny courage.

Un fai-neant, et Tautre, généreux, Estoit de gloire et d'honneur amoureux , Et. presque enfant, ne pensoit qu'à la guerre Et d'abaisser sous lui toute la terre, Comme le nostre, à qui les cieux amis Ont de grands noms dès naissance promis, Pour joindre un jour par fidelle alliance Vostre Angleterre avecques nostre France.

Incontinent que Jupiter les vit, L'ardante amour son courage ravit, Et, bouillonnant en son cœur de grand' aise, Impatient les accolle et les baise L'un après l'autre, et, d'eux père commun, Bailla sa foudre en presens à chacun , Disant ainsi : ce Ma race je vous donne : Outre l'honneur, le sceptre et la couronne Que vous tiendrez dessous mon bras puissant Comme a mes fils le foudre punissant:

Non pour blesser ou pour tuer la race De l'innocente et simple populace , Mais pour punir les geans serpens-pieds , Si par audace ensemble râliez Me guerroyoient, ou si. gros d'arrogance. Ils conspiroient contre vostre puissance ; Lors n'espargnez la foudre , et la ruez. Et comme mov saccagez et tuez

39^ Le Bocage royal.

D'un feu souffre la race Titanine ; Renversez-inoy Briare sous Arine , Et de rechef sous ^tne renfermez Typhé couvert de charbons allumez , Et rembarrez Porphyre en Tenarie.

Quand vousvoirrez que leur sotte furie . Sera domtée et serve dessous vous , A mon exemple arrestez le courrous.

Et n'exercez d'une rigueur félonne Toute vengeance ainsi qu'une lyonne, Ou comme un tigre aux grands ongles trenchans Qui d'Hyrcanie erre parmy les champs.

Croyez, enfans, que chose tant n'approche De ma bonté que de sauver son proche, Et pardonner à beaucoup qui auront Sans y penser trop haut dressé le front.

Si je voulois , toutes les fois qu'en terre L'homme m'offense, eslancer mon tonnerre. Estant tousjours de courrous animé, En peu de temps je serois desarmé.

Mais , pour donner aux peuples une crainte, Souvent d'Athos ou la cyme est atteinte , Ou du Ceraune, ou je fais trébucher Dessous mon bras la teste d'un rocher, Ou je renverse une tour qui menace Mon ciel moqué de sa voisine audace , Ou les forests, dont les arbres d'autour Sont si espais qu'ils desrobent le jour.

Ce sont les buts sur qui , père , je vise Les traits armez de ma cholèr£ esprise , Ne respandant à tous coups de ma main Mes dards de feu dessur le genre humain. Et c'est à fm que le peuple, qui tremble De voir morceaux dessur morceaux ensemble D'un grand rocher par les champs renversé, Sçache que Dieu là haut est courroucé, Qu'il règne au ciel et qu'il darde la foudre , Et qu'en lieu d'eux les rochers sont en poudre.

Le Bocage roya l. 39

Et lors, prenant exemple en ma pitié, S'entre-aimeront vivant en amitié, Adoucissant l'ardeur de leurs courages Sans se tuer comme bestes sauvages. »

Disant ainsi il envoya les rois, Ses chers enfans, régner en tous endrois. Et, sur leur chef espandant sa largesse, Aux uns donnoit une grande richesse, Aux autres moindre, ainsi qu'il lui plaisoit, Car à son gré son vouloir se faisoit.

Mais par sur tous les princes de la terre Aima la France, Espagne et l'Angleterre , Les couronna de gloire et de bon-heur, Et jusqu'au ciel en envoya l'honneur, [Sacré berceau de Cerès'la très-belle Qui nourrit tout de sa grasse mamelle.

Tesmoins en sont Archimède, et celuy Qui, courtizan, avoit un double estuy.

L'un plein de vent et l'autre de finance. Et ce pasteur qui fut dès son enfance En Arcadie, et sur Menale vit Pan qui fleutoit, dont le son le ravit.] (•',

Or, comme on voit que les rois en ce monde Après leur père ont la place seconde.

Haut eslevez en grandeur et en pris.

Des puissans roys les hommes favoris Par la vertu ont la troisiesme place, Haut-eslevez dessur la populace.

Ainsi que toy, Cécile, dont le nom N'est enfermé dessous un beau renom.

Mais en volant aux deux bouts de ton'isie A^fait ta gloire abondante et fertile, T'a fait du peuple et des grands favoriî . Aussi tu as de ta royne l'esprit (a).

a. Var. :

Et des grands bun-aimé , Tant vaut l'honneur quand il est renommé. ï . Ces huit vers ont été ajoutés dans l'édition de j ^84.

:î98 Le Boca ge royal.

Non seulement ta vive renommée N'est chichement de ta mer enfermée, Mais^ franchissant l'Océan des Anglois, S'est apparue au grand peuple gaulois, Et fait cognoistre à mes Muses sacrées Pour te porter en diverses contrées Et faire aller ton nom par l'univers , Car ta louange est digne de mes vers.

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