‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 32 sur 164 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Par les cailloux montèrent sur le bord.

L'eau de la mer des cheveux goûte à goûte , Depuis ie front jusqu'au pied, leur dégoûte Blanche d'escume, et leurs membres souflez De tant de vents se boufirent enflez ; Les flots salez de la gorge vomirent, Evanouis leurs esprits se perdirent, De tant de maux aebiles et laschez, Comme corps morts sur la rive couchez Sans respirer, sans parler ; mais à l'heure Que le taureau qui tout le jour labeure Franc du collier retourne à la maison, Ces corps sortis de longue pasmoison Baisent la terre et la rive venteuse.

<c Quiconque sois , terre, sois-nous heureuse, Ce disoient-ils, et loin de tous dangers Sauve en ton sein nous pauvres estrangers, Qui ont souffert mainte dure fortune Par le courroux des vents et de Neptune.»

Comm.e ils prioient, le dormir ocieux , Chasse-soucy, leur vint siller les yeux, Et, Tune à l'autre attachant la paupière. Leur desroba le soin et la lumière.

Tandis Cybèle en son courage ardoit Dequoy Neptun' son Francus retardoit :

Car elle aimoit (comme estant Phrygienne) L'enfant d'Hector et la race troyenne : Pource soudain son char elle attela , Bat ses lions et vers le Somme alla.

Le dieu vieillard qui aux songes préside , Morne, habitoit dans une grotte humide.

Devant son huis maint pavot fieurissoit, Mainte herbe à laict que la Kuict choisissoit Pour en verser le jus dessus la terre , Quand de ses bras tout le monde elle enserre. Du haut d'un roc un ruisseau s'escouloit, Oblivieux, qui, rompu, se rouloit Par les cailloux, iavitant d'un murmure

100 La Franciade.

A sommeiller en la caverne obscure (a). [Le coq, qui aime à saluer le jour, L'oye et le chien n'y avoient leur séjour; Sans plus, la Nuit, l'Horreur et le Silence En tel logis faisoient leur demeurance.]

«Somme, dit-ell', le doux sorcier des yeux, Le bien-aimé des hommes et des dieux, Par qui le mal, tant soit mordant, s'oublie, Par qui l'esprit loin du corps se deslie , Va (je le veux) en ceste isle oij souloient Jadis sauter les hommes qui baloient Au son du cistre, et de cliquantes armes S'entre-choquant , avantureux gendarmes , D'œil vigilant, en l'antre dictéen Gardoient le(:) bers du grand saturnien, Terre fertile , anciennes retraites Des Corybans, Dactyles et Curetés.

>-( Là de leur race est encor' aujourd'huy Un Coryban, le soustien et l'appuy De tout honneur, de science semblable Au vieil Chiron, Centaure vénérable.

(c Quand il avoit le sang plus généreux. En sa jeunesse, il devint amoureux, Si qu'en pressant à sa chère poitrine Dedans un antre une nymphe marine, D'elle conceut deux filles et un fils.

Les filles sont, ainsi que deux beaux lis, En la maison de leur père croissantes, En âge, en grâce, en beauté florissantes; Le fils captif languit depuis un an En la prison d'un barbare gean

Par Us cailloux, dont le rauquc murmure D'un doux rempart les yeux de l'homme emmure.

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