Livre SECOND. loi
Qui les corps vifs à son dieu sacrifie, Et d'un maillet leur desrobe la vie, Dedans un temple en sang humain lavé, De bras, de jam.be et de testes pavé(d). Ce roy, remply d'honneur et de richesse , Tient sa maison ouverte de largesse Aux estran^ers, tant il a grand désir Entre un milier d'en pouvoir un choisir Qui le revanche, et son fils luy redonne, Seul héritier de sa noble couronne.
« \'a-t'en vers luy, et, en te transformant, Presente-luy, quand il sera dorm.ant , Autour du lict cent formes espandues , Piqueurs, veneurs, trompes au col pendues, Lesses et chiens, bocages et forests.
Larges espieux, cordages et filets.
Limiers ardans, cerfs suivis à la trace, Et tout le meuble ordonné pour la chasse; Presente-luy des hommes incognus.
En longs habits à sa rive venus.
Sous qui son fils les armes doit apprendre , Et par leurs mains sa liberté reprendre.
ce D'un mesme vol, affublé de la nuict, Fantosme vain, porte-toy sur le lict Où va dormant Tune et l'autre pucelle; Fay-leur sembler qu'une estoile nouvelle, Vive d'esclairs, d'un voyage lointain, Passant la mer vient loger en leur sein , Et, rayonnée en fiâmes bien esprises, Baise leur chair sans ardre leurs chemises. Va-t'en après au bord où les Troyens Dorment recreus des flots neptuniens.
Dessus leur teste arreste ta volée ;
Puis sur sa porte, oh distille le sang Du test des morts , les attache de rang.
102 La Francîade.
Leur ame soit en songeant consolée, Sans avoir peur des habitansdu lieu; Car ja Mercure, envoyé du grand Dieu, Des citoyens a flechy !e courage Pour en bon-heur convertir leur dommage. »
A-tant se teut, et le roy du sommeil, Tout chassieux, ennemy du réveil.
D'un chef panché que lentement il cline, Et du menton refrapant sa poitrine, Se resecoue, et, sorty de son lit.
Le mandement de Cybèle accomplit.
Incontinent que l'Aube aux doigts de roses Eut dn grand ciel les barrières decloses [Versant les fleurs sus les yeux du soleil, Rouge tantost, tantost rose et vermeil.
Se bigarrant en autant de manières Qu'on voit fleurir les rives printannières]. Le roy Dicée (ainsy se surnommoil Ce Corjban qui la justice ainioit), Riche d'honneur, de terres et de race, Dresse l'apprest d'une aboyante chasse; Son palefroy à gros bouillons fumeux, Remaschant l'or de son frein escumeux.
Est à la porte, où à foule se rendent Jeunes piqueurs qui devisant l'attendent; Maint chien courant couple à couple les suit : De touscostez la meute tait un bruit!
Par bois feuillus , par monts et par valée, Pleine de cris, ceste chasse est allée. Maint gros sanglier de dents croches armé, Maint cerf craintif au large front ramé , Estoit ja mort , quand au vueil de Cybelle Un cerf poussé par embusche nouvelle, Tournant, virant, haletant et mourant De soif pantoise, alla viste courant Vers le rivage; et le père Dicée, Suivant ses pas par la poudre tracée, Comme le cerf à la rive aborda,