‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 40 sur 164 · Livre second. i · texte numérisé non relu

Livre second. i

Et festoyant le Troyen estranger, Le convioient doucement à manger.

[L'un est pensif, l'un parle, l'aulre coupe; Maint eschanson, emplissant mainte coupe' De vin fumeux, les tables entournoit, Et jusqu'aux bords les tasses couronnoit.]

Incontinent que la soif fut esteinte, Et de la faim l'avidité (') restreinte , Ayant le Roy pour oftice divin A Jupiter verse le dernier vin, Dieu xenien qui aux hostes préside, La bande alors, laissant la table vuide. Se tint debout, envieuse d'aller Après souper deviser et baller.

Un bruit se fait : la gaillarde jeunesse. Prenant chacun la main de sa maistresse , S'offre à danser; maint flambeau qui reluit Du plancher d'or vainc l'ombre de la nuit! Le vieil Terpin, qui de fleurs se couronne, Son dos appuyé au flanc d'une colonne, La lyre au poing, et joignant à la vois Les nerfs frappez par l'accord de ses doits, D'un plaisant son les invite à la danse : Le pied certain trépigne à la cadance!

(c Dieu (disoit-il; qui tiens Tare en la main, Fils de Venus, hoste du sang humain , Qui dans nos cœurs, tes rovaumes, habites, Qui ça , qui là , de tes ailes petites , Voles par tout jusqu'au fond de la mer, Faisant d'amour les dauphins allumer, Dont l'aspre trait a féru la poitrine Des Dieux là haut, là bas cfe Proserpine; Père germeux de naissance , et qui fais Comme il te plaist les guerres et la paix , Prince invaincu, nourricier de ce monde,

I . L'ardeur de manger. Je ne sçache point de mot françois plus propre, encores qu'il soit mendie du latin.

1 18 La Franciade.

Qui du Chaos la caverne profonde •

Ouvris premier, et, paroissant armé

De traits de feu , Phanète fus nommé ;

Double, jumeau, emplumé de vistesse ,

Porte-brandon, archer, que la jeunesse

Au sang bouillant courtise pour son Roy ;

0 grand démon, grand maistre, escoute-moy,

Soit que tu sois au milieu de la ban^e

Des plus grands Dieux où ta flèche com.mande ,

Soit qu'il te plaise habiter ton Paphos,

Soit que ton chef tu laves dans les flots

De la fontaine Erycine, ou que, vuide

De tout souci , de tes vergiers de Gnide

Couvert de fleurs, tu aimes la verdeur,

Vien allumer nos cœurs de ton ardeur;

De ceste dance eschauffe le courage;

[Sans toi n'est rien la pointe de nostre âge {a),

Faveur, honneur, abondance de bien,

Force de corps, sans ta grâce n'est rien ;

Ny la beauté, et mesme nostre vie,

Est une mort si de toy n'est suivie ,

Ensemble Dieu profitable et nuysant.

Viens donc icy , comme un astre luisant,

Donner lumière à si belle entreprise ,

Et ceste feste heureuse favorise]. «

Ainsi chantoit Terpin le bon vieillard;

Les baladins gaussans le cri gaillard.

Les derniers vers du chantre recoupèrent.

Et de leurs voix les soliveaux frappèrent {b).

a. Var. en place des neuf vers qui suivent : Brassant sous main quelque bon mariage.

b. Var. :

Ici l'on trouve dans les éditions posthumes les vers suivants, que nous avons vus en partie un peu plus haut :

Rien ne peut tant les soucis enchanter

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