Livre SECOND
Pour son douaire un tombeau luy donna (a). Encor dit-on que ce banni se vante Que le destin les Gaules luy présente, Voire, et qu'il erre oi!i le ciel le conduit. Le pauvre sot, des oracles séduit, Qui ne sçait pas que sus les choses nées Ne peuvent rien les vaines destinées î Crète est sa Gaule, et mes braves fureurs Seront le but de ses longues erreurs.
« En moy ne soit la mort renouvelée De mon ayeul le superbe Talée ['^), Qu'une Medée, en sauvant des dangers je ne sçay quels pirates estrangers, Ensorcela d'un magique murmure.
Des vains destins de Francus je n'ay cure; Tels sots abus ne me viennent piper ; Le fer tranchant ne me sçauroit couper, Ny Jupiter tuer de son tonnerre.
S'il règne au ciel, je règne en ceste terre. »
Tandis Phovire en fronçant le sourd Moquoit Dieu et le bravoit ainsi.
Ce passage n'existe que dans les éditions posthumes; dans celles de 1 578 et 1 584 , il est remplacé par ces quatre vers :
Qu'une Harpie en amour cschauffêe Conccuî du vent dessus le mont Rifée.
Il se moquoit, en fronçant le sourcy.
Du bon Dicée, et luy parloit ainsy.
a. Var. :
A ce muguet (jui fait chez toy du beau, Dont le douaire est voisin du tombeau.
I . Ce conte est dedans le quatriesme livre des Argonautes d'Apollonius Rhodius.
126 La Franciade.
De tels propos comme il s'alloit bravant, A large pas Francus vint au devant :
«Je suis celuy que ton orgueil mesprise, Jeune Troyen , autheur de l'entreprise, Qui te veux faire avant le soir sentir A ton malheur que peut un repentir.
[Va-t-en braver, de tes paroles fières.
Vieillards, enfans et pauvres filandières. Qui tout le jour tirant le fuseau plein, Gagnent leur vie au labeur de leur main.] Approche-toy, tu as trouvé partie Qui sçait comment les vanteurs on chastie (a). Quoy que tu sois au combat dangereux, Si seras-tu , Phovére, bien-heureux D'aller victime à l'onde acherontide.
Tué des mains d'un si jeune Hectoride. »
Il dit ainsi. Le géan, d'autre part.
Sur luy ruant un terrible regard, D'un œil qu'à peine en biais il abaisse, De ce Troyen contemploit la jeunesse (b). Ne le voyant de corps massif ny fort, Ny de visage ou d'effroyable port, Ny d'un semblant qui, brave, se fait craindre, Ains d'un poil blond qui commençoit à poindre, De gresle taille et d'oeil serein et beau, De main douillette et de mignonne peau, ■ Et d'un regard qui les Grâces surmonte. Il eut le front tout allumé de honte.
Retint la bride, et le tançoit ainsi :
a. Var. :
Approche donc, vien essayer la dextre De ce Troyen destiné pour ton maistre.
b. Var. :
Le desdaignant, comme fait en sa voye Un grand lion une petite proye.