Livre premier
Branlez es mains des Argives soldants.
Non seulement les Dolopes gendarmes Passoient les corps par le trenchant des armes , Mais nos maisons : sacrilèges) piiloient, Et de leurs Dieux les autels despouilloyent, Qui nuict et jour par la ville troyenne Nous honoroient a'une odeur sabéenne.
« Là forcenoyent deux tygres sans merci , Le grand Atride et le petit aussi , Joyeux de sang ; le carnacier Tydide , Et le superbe héritier d'.^acide, Le grand Ajax , seigneur du grand bouclair ; Leurs morions brilloient comme un esclair (a) Qui çà, qui là, s'esclatte de la nue.
Ces furieux ensanglantoient la rue D'un peuple au lict surprins et devestu , Du fer ensemble et du feu combatu.
« Ainsi qu'on voit une fiere lionne Que la fureur et la faim espoinçonne Trancher, mâcher le débile troupeau; Entre les dents sanglante en est la peau^ Qui pend encor en sa mâchoire teinte.
Le pasteur fuit, qui se pasme de crainte !
<c Ainsi les Grecs detailioient et brisoient Le peuple nu ; les feux qui reluisoient Sur les maisons à fiâmes enfumées Donnoient lumière aux princes des armées, Au meurtre , au sang ; un si cruel effort Monstroit par tout l'image de la mort.
« Et toy, Junon, dessus la porte assise , Hastois les Grecs ardans à l'entreprise , Avec Pallas, qui, sur le haut sommet Du premier mur, horrible en son armet Que la Gorgonne asprit de mainte escaille,
a. Var. :
Là, l'Ithaquois charge du grand bouclair Qui ne fut sien , brillant comme un esclair.
46 LaFranciade.
De sa grand pique esbranloit la muraille Coup dessus coup, et d'une forte vois Comme un tonnerre appeloit les Grégeois, Les animant à la vengeance pronte.
Dont toutes deux devriez rougir de honte D'avofr destruit un royaume si beau , Fait qu'Ilion n'est plus qu'un grand tombeau Et que Priam, monarque de l'Asie , Sang dessus sang a répandu sa vie Sur ses enfans, qui avoit surmonté Tous les mortels en justice et bonté (j).
« Ce roy, pleurant son estât misérable, En cheveux gris , en barbe vénérable , Du cruel Pyrrhe indignement pressé, Sur mon autel me tenoit embrassé, Quand il receut en sa gorge frappée De l'Achillin le revers de l'espée, Qui d'un grand coup le chef luy décolla ; Bien loin la teste en sautelant alla!
Le corps sans nom, sans chaleur et sans face, Comme un grand tronc broncha dessus la place.
(c Cet arrogant qui les Dieux despitoit, Qui de fureur son père surmontoit, Non seulement sur la troyenne place, Cueur sans mercy, tranchoit la populace (^),
a. Var. :
Fait que (') Priam, meurdri dessus sa race, De son sang tiède ensanglanîast ma face, Bien qu'il chargeast nos autels par-sus tous De gros cuissots de taureaux et de boucs.
b. Var. :
Non seulement d'une rage maistresse, Le fer au poing, tuoit la tourbe espesse.