Livre TRoisiES ME. i
Prime et douillet, dont le fruitier automne La peau des coings blondement environne. Sa taille estoit d'un prince généreux, Grande, héroïque et pareille à ces preux Jason, Thésée, et à ceux qui semée Ont en tous lieux leur vive renommée.
Sa large espaule, et sa grève et sa main, Et le relief honneste de son sein , Estoient si beaux, si bienfaicts de nature. Qu'on ne pourroit les tracer en peinture.
De ces deux sœurs, par un art nompareiK Les beaux cheveux siirmontoient le soleil Enlassez d'or; semblable estoit leur joue Au teint vermeil de la rose qui noue Dedans du laict, et sortoit oe leurs ris Je ne scay quel enchanteur des esprits. De ronds tetins , messagers de jeunesse , S'enfloit leur sein; une gaillarde presse D'amours, d'attraits, de grâces et de jeux Une embuscade avoient dans leurs cheveux. Le doux parler en leurs bouches habite. Et l'homme auroit le courage d'un Scythe Et seroit né des tigres et des ours Qui, les voyant, ne s'alumoit d'amours.
A tant Vesper de flammes habillée S'estoit au ciel la première esveillée, Menant le bal des astres radieux Qui çà et là sautent parmy les cieux (a)].
a. Var. (i 578) :
Tous les coteaux et les bords d'alentour Ne résonnaient qu'allégresse et qu'amour.
(Editions posthumes) :
Pais, reprenant la tasse tour à tour, Remplirent l'air d'allégresse et d'amour.
Ces seuls distiques remplacent cinquante vers du texte primitif,
Ronsard. — III. m
i62 La Franciade.
Finis les vœux qu'on rendoit à Victoire, Voicy Venus à la paupière noire, Mue d'amour, qui vint sur la minuict De ces deux sœurs environner le lict.
Elle se change en la vieille prestresse, Qui sous Hyante avoit de la déesse Autels et temple en vénérable soin ; Tousjours au guet elle escoutoit de loin L'abboydes chiens qui d'Hécate cornue Aux carrefours annonçoient la venue , Quand à trois fronts affreuse elle arrivoit Dedans son temple, où l'Horreur la suivoit.
En se couchant sur le chevet d'Hyante, Luy dit ainsi : « D'un chesne d'Erymante Ou d'un rocher, le rempart de la mer, Oses- tu bien ta poitrine enfermer ?
As-tu succé des louves la mammeller* As-tu le cœur d'une tygre cruelle.
Cœur sans amour, sans grâce ny mercy, Qui du Troyen n'as pitié ny soucy?
Pauvre Troyen qui a laissé sa terre, Non, comme il dit, pour les Gaules conquerre Mais, tout ravy du bruit de ta beauté, A de la mer vaincu la cruauté Pour voir ta face , et , s'il estoit possible, Se joindre à toy d'un lien invincible; Et toutesfois, fière de son ennuy , Tu vois sa playe et te mocques de luy. »
Disant ainsi, de sa belle ceinture Du lict d'Hyante encerna la closture.
Geste ceinture estrangement pouvoit^ Que la nature en se jouant avoit De sa main propre à filets d'or tissue , Et d'elle en don Venus l'avoit receue , Quand le boiteux Lemnien tant osa Que pour sa femme au ciel il l'espousa. Dont est sorty tout l'estre de ce monde : Tout ce qui noue au plus profond de l'onde,