Livre troisiesme
Ceux qui d'un aile en l'air se font un train. Tout ce qui paist la terre au large sein , Tout animal cazanier et sauvage Fut enfanté de ce grand mariage.
[En la tissure estoient pourtraicts au vif Deux Cupidons. L'un avoit un arc d'if Au traict moussu, qui tire aux fantaisies, Craintes , soupçons, rancœurs et jalousies ; L'autre de palme avoit l'arc décoré , Son traict estoit à la pointe doré , Poignant, glissant, dont il cache dans l'ame Et verse au sang une gentille flame Qui nous chatouille et nous fait désirer Que nostre genre entier puisse durer.
Là fut Jeunesse en longs cheveux portraicte, Forte, puissante, au gros cœur, la retraite Des chauds désirs; Jeunesse qui tousjours Pour compagnie ameine les Amours.
Comme un enfant pendoit à sa mamelle Le Jeu trompeur, la Fraude, la Cautelîe, Les Ris, les Pleurs, les Guerres et la Paix, Trêves, discords et accords imparfaicts, Et le Devis qui déçoit nos courages, Voire l'esprit des hommes les plus sages.] Quand la ceinture eut versé sa vertu Dessus le lict, le feu qui n'avoit eu Puissance entière au cœur des Damoiselles Se renforça de larges estincelles, De nerfs en nerfs, d'os en os, prit vigueur, Puis tout soudain se fist roy de leur cœur [a). [Comme le feu caché sous lés fougères Qu'au mois d'hyver les peureuses" bergères D'un devanteau vont et revont soufflant
c. Var. (éd. posthumes} :
Chaudes au cœur où le sang bouilbnnoit Par le désir qui les aiguillonnoit.
164 La Franciade.
Feuille sur feuille, et, largement enflant Poulmons et gorge , a toute peine evantent ; D'un petit trac mille fiâmes s'augmentent En longue pointe; à la fin un grand feu En se suivant s'alonge peu à peu , Brûle les champs , et d'une forte voye Jusques au ciel une fumée envoyé Trouble d'esclairs. Le feu victorieux Règne au sommet des chesnes les plus vieux. Ainsi d'Amour les fiâmes allumées De peu à peu dedans l'esprit semées De ces deux sœurs par un traq dévoyé Un grand brasier ont au cœur envoyé.]
Incontinent que la belle journée, Chassant la nuit, au ciel fut retournée, Le bon Troyen , larmoyant sans confort , Fait apprester les obsèques du mort Qui d'un sanglier avoit l'aisne tranchée, Et que la nymphe au sein de l'eau cachée {û) Avoit enjoint de soudain enterrer, Et son esprit ne point laisser errer Dessus le corps privé de sépulture, Qu'il ne servist de malheureux augure.
L'esprit humain qui son hoste a laissé N'est pas heureux si Styx il n'a passé; L'honneur du corps dont la vie est cassée Est le sepulchre, et la terre amassée Sur le tombeau qui finit les douleurs, Et des amis les regrets et les pleurs.
Premièrement on explane une place Large en quarré de deux cents pas d'espace , Où au milieu on assemble un bûcher.
a. Var. :
// se frappait de regret la poitrine, Se souvenant que la nymphe marine.