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Et des ruisseaux les courses azurées N'eslancheront leurs gorges altérées, Presque espuisez jusqu'au profond des eaux, Ou soit par eux , ou soit par leurs chevaux Peuple invincible en toutes sortes d'armes, Vaillans piétons, chevaleureux gendarmes, Fiers, courageux, aux batailles ardant, Qui d'Orient jusques à l'Occident, Victorieux, espandrâ ses armées.
Les champs de Tyr, les terres Idumées Les coignoistront, et toy, fleuve qui fuis Dedans la mer desgorgé par sept huis; Et d'Apollon la roche inaccessible Cognoistra bien leur puissance invincible; Voire tous rois se verront surmontez, Si les Gaulois ne sont de leurs costez.
«Or, à la fin, de troupe plus espaisse Que n'est la nège ou la gresle que presse Le vent d'hyver, qui bond à bond se suit, Et sur le toict des maisons fait graird bruit; Et plus espais que fueilles d'un bocage, Du Rhein venteux gaigneront le rivage ; Puis , surmontant par l'effort du harfiois Phrysons, Gueldrois, Zelandois, Holandois, Verront la Meuse, et par forte puissance De leurs voisins prendront obeyssance , De toutes parts aimez et redoutez Comme guerriers aux armez indomtez , Terreur des rois et des fortes murailles. Sous Marcomire auront longues batailles Contre la Gaule intraitable; et je veux De ce grand-duc te monstrer les neveux^ Et les enfans yssus de ta lignée, Par qui la Gaule un jour sera gaignée, Et qui tiendront (sang troyen et germain) Le sceptre entier laissé de main en main, w
A-tant la vierge un petit se repose , Et Francion luy demande autre chose ■
220 La Franciade,
«Vierge, l'honneur des dames et de moy, Toute divine , heureux germe de roy , Je te suppli', prophète véritable, Sage en conseil, ay-moys'il est croyable Que les esprits qui sont sortis dehors De leurs vieux corps r'entrent en nouveaux corps , Quelle fureur, quelle maudite envie Les tient séduits de retourner en vie, Et d'où leur vient ce furieux amour Que de revoir encore un coup le jour, Se revestant de muscles et de veines Pour re-souffrir tant de nouvelles peines; Et quand doit l'homme espérer un repos , Si, despouilléde chair, de nerfs et a'os, Mesme au tombeau le repos il ne treuve. Et d'une peau en recherche une neuve; Donques la mort n'est la fin de nos maux , Puisqu'en mourant , de travaux en travaux Nous revivons, pour mourir à toute heure, Errans sans fin , sans repos ny demeure. »
A-tant se teut. Elle, qui l'entendit. D'un haut discours luy contre-respondit (a) :
« Seigneur troyen , tout ce oui vit au monde Est composé de la terre et de l'onde, D'air et de feu (membres de l'univers). Et bien qu'ils soient quatre elemens divers, Ils sontentr'eux liez de telle sorte Que l'un à l'autre enchaîné se rapporte, Et s'empruntant d'un accord se refont, Et changeant d'un en l'autre s'en-revont.
« Or, tout ainsi que le corps sans une ame
a. Var. Vers ajoutés en ijyS :
D'une voix sage. Apollon , qui la laisse En son bon sens pour un temps , ne la presse. Afin de mieux par raison discourir Des hauts secrets qu'elle voulait ouvrir.