Livre Qtj A TRI ES ME
H La gloire humaine enfin est périssante; La mort saisist toute chose naissante.
Prends cœur au reste ; avecque la vertu Tu vaincras tout par le glaive pointu.] Tov parvenu vers la froide partie Où'la Hongrie est jointe à la Scythie, Tu bastiras prés le bord Istrien, Séjour des tiens, le mur Sicambrien, Que tes enfans en longue et longue race Tiendront après pour leur royale place.
[Le bon Hymen, 'ayant soucy detoy, Te doit conjoindre'à la fille d"un roy Qui régira, sous sa dextre garnie D'un juste fer, les champs de Pannonie.J
Le grand soleil , qui voit tout de ses yeux, Ne vit jamais princes si glorieux Que tes enfants tous chargés de trophées , Ayant de Mars les âmes eschauffées \aj. Par mainte guerre en maints lieux donteront Huns, Goths, Mains, et au chef porteront Mille lauriers, signe que parconqueste A leurs voisins auront froissé la teste.
a Ja deux rail ans auront fini leur tour Quand ta Sicambre et les champs d'alentour Seront laissez de ta race germaine Conduite en sort par un grand capitaine , Qui, soubs l'obscur des ombres de la nuit,
a. Var. (157s; :
Le ^rand soUil , qui voit tout de ses yeux, Voirra tes fils , les uns malicieux , Les autres bons : la nature n'assemble Toutes vertus en une race ensemble; Mais, en meslant le bien aveccj' le mal, Tient la balance en contre-poids égal; Tous neantmoins honorez de trophées Auront de Mars les âmes eschauffées.
2i8 La Franciade.
Verra dormant un fantaume en son lit (a). (De Dieu certain çà bas viennent les songes, Et Dieu n'est pas artisan de mensonges.) Ce grand fantaume aura trois chefs divers , L'un de chouan, aux yeux ardans et pers, L'autre d'un aigle, et l'autre la figure D'un grand lion à la maschoire dure ; Puis tous ces trois en un s'assemblerontj Et ces trois corps un homme sembleront, Qui murmurant se voudra faire entendre; Mais Marcomir' ne le pourra comprendre.
Voulant savoir, du songe tout esmeu.
Que portendoit ce grand fantaume veu, Alla trouver une vieille prophète , Qui fut du songe infailliole interprète : C'est qu'il falloit par le conseil des dieux Laisser Sicambre et chercher d'autres lieux, Et s'en aller vers le Rhin, oii la Gaule Du roy Brutus n'entrevoit que l'espaulcj Et rechercher ses anciens amis ^ Qui dès longtemps leur siège y avoient mis, Seigneurs du Rhin , où sa corne bessonne D'un large cours dedans la mer s'entonne.]
« Dt)nc amassant son peuple et le rangeant Sous trois cens ducs , hautain , ira chargeant Le corps des siens de fer et de cuiraces , Et leurs regards de guerrières menaces ; Mars en leurs cœurs sera si bien entré Qu'ils laisseront leurs maisons de bon gré, Prenans congé des vieux dieux de leur terre. Loin devant eux courra la triste guerre !
« Des laboureurs les champs abandonnez Dessous leurs pieds trembleront estonnez ,
a. Var. :
Qui, par Morfà en sommeillant instruit , Verra, miracle! un fantaume de nuit.