‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 95 sur 164 · Livre qjjatriesme · texte numérisé non relu

Livre qjjatriesme

Ne tient plus rien de la terrestre ordure , Tout aussi pur comme il estoit alors Que pur et simple il vint en nostre corps ; Adonc Mercure à la verge d'yvoire, Les assemblant, au fleuve les fait boire, Fleuve qui fait toute chose oublier:

Car autrement ne se voudroient lier En nouveaux corps, s'ils avoient souvenance Des maux passés dont ils font pénitence [a).

«Ainsi qu'aigneaux en troupes amassez Par le baston de Mercure poussez, Les âmes vont sur la rive guidées Boire le fleuve à friandes ondées; Puis à l'instant perdent tout souvenir.

Lors un désir les prend de revenir Et de revoir leur liaison première.

Et du soleil la céleste lumière. «

A-tant se teut; Francion tout soudain Prend un couteau au manche fait d'airain, Et d'une truye infertile et brehaigne Ouvre la gorge. En tombant elle saigne Dessus la terre, où le sang renversé Tiède fuma dans le creux du fossé ; Priant Mercure et les sœurs Eumenides, Le vieil Caron, vouloir servir de guides A ces esprits qui dévoient quelquefois Venir aux corps des monarques françois.

Comme il disoit , entre soufres et fiâmes Voicy venir de l'abysme les âmes.

Un tourbillon tournoyant et fumeux , Un feu de poix résineux et gommeux Ailoit devant, qui de puante haleine

a. Var. :

A nouveaux corps, et ne voudroient plus estre Pour r'acquerïr des maux par tantrenaistrc.

224 La Franciade.

lîifectoit l'air, le taillis et la plaine, Avec grand son , comme un tonnerre bruit Brisant la nue espaisse d'une nuict {a).

Adonc Francus, ayant l'ame frappée De froide peur, au poing saque l'espée, Les souffrant boire, et, se tirant à part Sur un terreau qui pendoit à l'escart, Pour mieux pouvoir leurs visages cognoistre , Sçavoir leurs noms, leurs habfts et leur estre, Les contemploit, et, de frayeur transi.

Appelle Hyante et luy demande ainsi :

« Quel est celuy de royale apparence Qui d'un grand pas tous les autres devance , Et d'olivier se couronne le front? »

Elle luy dit : « C'est le roy Pharamond, Qui, des Gaulois abaissant un peu l'ire Et le désir conceu sous Marcomire D'assujetir les terres et les rois, Adoucira les armes par les lois, Et la fierté sicambroise et scythique Amollira par la douceur salique.

Pour refroidir du chaud mestier de Mars Le cœur félon de ses braves soudars.

— Quel est ce prince appuyé d'une hache Qui tout son chef ombrage d'un panache , Au front sévère, aux yeux gros et ardans , A longue barbe, à longs cheveux pendans. Qui rien qu'horreur ne monstre en son visage ? — C'est Clodion, qui l'ocieux courage Des vieux Gaulois aux armes refera ,

a. Var. Vers ajoutés en i J84 :

Ce jour, Hécate aux enfers redoutée Les revestit d'une forme empruntée, D'un corps fantasque, esblouissant les yeux Faits d'air espais, pour les cognoistre mieux.

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