‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 96 sur 164 · Livre cluatriesme · texte numérisé non relu

Livre cluatriesme

Et leur paresse en guerre eschauffera {a), Donnant courage à leurs masles poitrines Pour conquérir les provinces voisines.

« Luy, tout ardent du feu de guerroyer, Enfant de Mars, doit un jour foudroyer L'orgueil romain; puis d"une vertu vive Du Rhin gaulois outrepasser la rive, Et laforest Charbonnière percer.

« A forte main doit un jour renverser Les Turingeois, et la muraille ancienne De Mons , Cambray et de Valencienne, Et de Tournay , et doit rougir les bors De Somme, tiède au carnage des morts; Doit bien avant en Gaule faire entrée.

Nulle puissance en armes rencontrée Son masle cœur supporter ne pourra; Comme une foudre en Bourgongne courra, Vaincra Tholoze, et les Gots (r d'Aquitaine Comme sapins estendra sur la plaine ; Puis , en donnant exemple à ses neveu.x De liberté, portera longs cheveux, S'esjouissantpour remarque immortelle Que Chevelu toute Gaule l'appelle.

— Quel estceluy qui marche le premier Après ces deux , au visage guerrier, Qui tient la face aux astres élevée ?

— C'est le vaillant et juste Merovée , Aspre ennerpy des Huns, qui descendront Plus dru que gresle , et par force prendront , Pillant, bruslant , à fiâmes allumées Mars tout sanglant conduira leurs armées),

a. Var. :

Des peuples siens rcschaufera l'ardeur , Les emplissant de farce et de vigueur.

1 . Les Gots qui avoient conquis l'Aquitaine. Ronsard. — III. l|

226 La Franciade.

Trêves, Colongne, et mille forts chasteaux Que le grand Rhin abreuve de ses eaux, Et ru'ront Mets à l'égal de la terre.

Cruelle engeance, indontable à la guerre, La mer ne jette aux bords tant de sablons Que de Germains hideux en cheveux blonds S'amasserojit, trope venant sur trope.

Pour mettre à sac l'occidentale Europe Sous Attila, cruel prince inhumain, Extrême fléau de l'Empire romain.

Contre un tel peuple espoinçonné de rage. Tout acharné de meurdre et de carnage. Craint comme foudre à trois poinctes tortu, Ce Merovée opposant sa vertu , Près de Chalons doit atterrer l'audace De ces félons menu dessus la place.

L'un dessus l'autre adentez tomberont; Le ventre creux des mastins ils auront Pour leur servir de digne sépulture , Nuds sur le champ gras de leur pourriture (û).

« Luy le premier, suivi de ses Troyens, Regaignera les bords parisiens , Sens, Orléans, et la coste de Loire.

« Puis de ton nom , Francus, ayant mémoire, Le nom de Gaule en France changera.

Ton sang versé par armes vangera.

Et nul des tiens chargé de tant de proye Ne doit pousser si haut le nom de Troye; Vaillant monarque, invincible, invaincu, Victorieux. Autour de son escu (Frayeur, horreur des guerres eschaufées) Naistront lauriers et palmes, et trophées,

a. Var. :

Les vieux corbeaux kur corps en-tomberont , Et des mastins les gorges affamées Qui vont flairant le meurdre des armées.

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