Livre QUATRiESM E
Puis, sans donner aux Romains nulles trêves
Fera broncher les murailles de Trêves]
Où ce Gillon vagabond s'enfuira [a].
Les fiers Saxons en bataille occira ;
Il tu'ra Paul, de nation romaine,
Et d'Orléans tirant jusqu'au domaine
Du riche Anjou , hazardeux aux dangers ,
Se fera roy, victorieux d'Angers ,
Et des Romains les armes estoufées
Au Dieu de Loire appendra pour trofées.
« Vois-tu Clovis, grand honneur des Troyens , Qui , le premier abhorrant les Payens Et des Gentils les menteuses escoles, Pour suivre Christ laissera ses idoles, Donnant baptesme aux François dévoyez?
Et, lors, du ciel luy seront envoyez Un oriflame, estendart pour la crainte De ses haineux, et l'ampoulle tressainte. Huile sacré, onction de vos rois.
Son estendart, déshonoré de trois Crapaux bouffis pour sa vieille peinture, Prendra des lys à la blanche peinture {b), Présent du ciel. Dieu, qui le choisira, De cœur, de force et d'honneur l'emplira. [Ne vois-tu pas comme son front assemble La gravité et la douceur ensemble , Ayant le bras armé sans estre armé, Ensemble craint , ensemble bien-aymé ?
Nul ne vaincra ce roi de courtoisie ; Mais quand l'espée au poing aura saisie,
a. Var. :
Son bras armé du Rhin se saisira.
b. Var. :
Crapaux, prendront pour marques honorées En champ d'azur des fleurs de lis dorées.
2^0 La Franciade.
Nul conquérant , tant soit brave de cœur, De ce Clovis ne vaincra la fureur.
Il poursuivra d'une ardente colère Siagre, fils de Gillon, qui son père Déposséda, et son camp assaudra Si vivement que Soissons il prendra, Perdant du tout la puissance romaine; Puis dès le Rhin jusqu'aux rives de Seine, De Seine à Loire, il sera conquereur, Des rois voisins le foudre et la terreur.]
« Luy, conduisant une gaillarde armée (La fortune est d'inconstance emplumée), Outre le Rhin contre les Allemans, Peuples hardis, aux guerres vehemens , Sera pressé d'une si grande suite, Que, tout honteux de penser à la fuite, En son péril aura recours à Dieu :
Lors, s'eslançant furieux au milieu Des Allemans , de sa françoise espée Rendra de sang la campagne trempée, Tu'ra leur roy, et des peuples dontez Tributs chaque an luy seront apportez.
« Lors, enrichi des despouilles conquises, Au nom de Christ bastira des églises; Puis, se chargeant (après avoir vaincu) Le dos de fer et le bras de l'escu. Ira de Vienne aborder le rivage.
Un cerf chassé monstrera le passage Au camp françois, grand miracle divin ! Près de Poitiers fera trembler le Clin Dessous ses pieds , aheurtant de furie Alaric, roy aes peuples de Gothie.
« Déjà le vent branle les estendars , Pied contre pied se fichent les soldars, Joyeux de sang. Tout le cœur leur bouillonne, Une poussière en rond les environne, Et sans relasche au milieu des travaux Sont renversez chevaliers et chevaux.