Livre q uatriesme
« Le roy Clovis, ardant à la conqueste, Perçant son camp, opposera sa teste Contre Alaric ; la, d'un cœur hazardeux, Ces puissans rois s'affronteront tous deux, Braves, hautains, furieux comme foudres (a). Sous leurs chevaux deux tourbillons de poudres Noirciront l'air, et sans avoir repos, Ici Clovis, ici le roy des Gots, Poussez, tournez de fortune diverse, Seront portez tous deux à la renverse.
Le mol sablon imprimera leurs corps.
Eux relevez, plus ardents et plus forts , Cherchant la mort, espandront sur la place , Grèves, cuissots, morions et cuirace, Suans tous deux de colère et de coups ; Mais, à la fin, Clovis, plein de courrous. Fera du Goth victime à Proserpine, D'une grand'playe enfondrant sa poitrine. Ainsi Clovis Alaric occira.
L'ame gothique aux Enfers s'en ira.
[Puis, s'emparant des thresors de ce prince, Prendra Tholose et toute la province D'Alby, Rouergue, Auvergne et Limousin, Et tout le champ de Garonne voisin.
De là, pompeux d'une si noble gloire.
Des Bourguignons ravira la victoire , Les massacrant d'un courage trop chaud, Pour le forfait de leur roy Gondebaud. Bref, ce Clovis, d'invincible puissance , Doit bouter hors son empire d'enfance.
Le faire masie et le rendre aussy fort Qu'un grand rocher, la muraille d'un bord (b).]
a. Var. :
Comme lions, ou pîusîost comme foudres.
b. Var. :
En place de ce passage, les éditions posthumes contiennent
232 La Franciade.
« De ses vertus l'acquise renommée Sera si large et si au loing semée , Que ses enfans ne seront maintenus En leur grandeur que pour estre venus D'un père tel , lequel durant sa vie Ne vaincra pas tant seulement l'envie Des rois vassaux à son glaive pointu , Mais si fameuse estendra sa vertu , Qu'enseveli dessous la terre sombre Fera trembler les princes de son ombre : Tant vaut l'honneur d'un prince après sa mort Qui en vivant fut équitable et fort (a) ! Or, pour monstrer que telle créature Se vestira de céleste nature , Avant sa mort les feux presagieux , Le tremble-terre et les foudres des cieux Esbranleront sa royale demeure.
Mais quoi! Troyen, il faut que l'homme meure: En son bateau Caron prend un chacun , Et du tombeau le chemin est commun.
ce Voy Childebert et Clotaire son frère , Qui , tous ardans d'une juste colère Que Gondebaud , comme prince cruel ,
la comparaison suivante, qui ne manque pas de beauté :
Son corps tombé bruira sur la poussière Comme un bélier qui sur une rivière Congne des paux, le fondement d'un pont; Le fleuve en bruit, tout le ciel luy respond.
a. Var. :
Ce distique est omis dans l'édition de i J72 ; il est remplacé par le suivant dans les éditions posthumes :
Et plus pourront en la tombe enfermez
Ses os, qu'un camp de grands princes armez.