Livre second
Que l'on l'ameille, et de luy-mesme tend Son pis enflé qui doublement s'estend.
Là des dragons les races escaillées, Dormant aux bords des rives esmaillées, Ne font horreur à celuy qui seulet Va par les prés s'ourdir un chapelet.
[Ni là du ciel les menaces cruelles, La rouge pluie et les sanglantes grelles, Le tremblement ny les foudres grondans, Ny la comète aux longs cheveux pendans, Ny les esclairs des ensouffrez tonnerres, Au peuple oisif ne promettent les guerres, Libre de peur de tomber sous la main D'un sénat rude ou d'un prince inhumain.]
Le vent poussé dedans les conques tortes Ne bruit point là, ny les fieres cohortes Des gens armez horriblement ne font Leurs morions craquer dessus le front.
Là les enfans n'enterrent point leurs pères, Et là les sœurs ne lamentent leurs frères ; Et l'espousé ne s'adolore pas De voir mourir sa femme entre ses bras ; Car leurs beaux ans entrecassez n'arrivent A la vieillesse, ains d'âge en âge vivent, Par la bonté de la terre et des cieux, Sains et dispos comme vivent les Dieux. [Là de Biblis la volonté méchante Contre nature infâmement n'enchante Quelque amoureuse, et là pour trop aimer Comme Léandre on ne passe la mer ; Là ne sera comme en France despite Encontre toy ta belle Margarite, Ains d'elle mesme à ton col se pendra. Avec Baïf sa Meline viendra Sans qu'il l'appelle, et ma fiere Cassandrc Entre mes bras douce se viendra rendre.
Le faux tesmoin ny l'advocat menteur, Ny des procez le subtil inventeur,
176 Les Poèmes.
Ny la justice avec l'or dépravée, Ny la !oy triste en l'airain engravée, Ny les sénats, ny les peuples méchants, N'ont point troublé le repos de ces champs.]
Là n'aborda l'impudique Médée Suyvant Jason, ny là n'est abordée La nef de Cadme, et là d'Ulysse accort L'errant troupeau n'aborda dans le port. [Ny là Postel de sa vaine science N'a point troublé la simple conscience Du populaire, ains sans manquer de foy De leurs ayeux entretiennent la ioy.]
Là vénérable en une robe blanche, Et couronné la teste d'une branche Ou de laurier, ou d'olivier retors, Guidant nos pas maintenant sur les bors Du flot salé, maintenant aux valées, Et maintenant prés des eaux reculées, Ou sous le frais d'un vieux chesne branchu, Ou sous l'abry de quelque; antre fourchu, Divin Muret, tu nous liras Catulle, Gallus, Ovide, et Properce et Tibulle, Ou tu joindras au cystre Teïen, Avec Bacchus l'enfant Cytherien ; Ou fueilletant un Homère plus brave, Tu nous liras d'une majesté grave Comme Venus couvrit d'une espesseur Ja demi-mort le T'royen ravisseur, Quand Menelas, le plus petit Atride, En lieu du chef eut la salade vuide; Puis comme Hector dessous un faux harnois Tua Patrocle, et comme les Grégeois Demi-bruslez de la Troyenne flame, Prioient AchiP despit pour une femme; Puis comme luy nouvellement armé D'un fer divin, contre Hector animé, Le fit broncher sur sa native poudre, Comme un pin tombe accablé de la foudre.