‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 113 sur 223 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

A ces chansons les chesnes aureillez Abaisseront leurs chefs émerveillez, Et Philomele en quelque arbre égarée N'aura souci du péché de Terée, Et par les prez les estonnez ruisseaux Pour t'imiter accoiseront leurs eaux.

Pan le cornu, doux effroy des Dryades, Et les Sylvains amoureux des Naïades, Sçauront par cœur les accents de ta vois Pour les apprendre aux rochers et aux bois, Voire si bien qu'on n'oira qu'un Zephyre Parmy les fleurs tes louanges redire.

Là, tous huilez, les uns sur les sablons Iront luitant, les autres aux balons, Parmy les prez, d'une partie égale Courront ensemble, et jou'ront à la baie; L'un doucement à l'autre escrimera, Outre la marque un autre sautera, Ou d'une main brusquement balancée Ru'ra la pierre, ou la barre eslancée.

L'un de son dard, plus que le vent soudain, Decruchera le chevreul ou le dain; [Les uns montez sur des chevaux d'Espaigne, De tourbillons poudroyant la campaigne, Courront le lièvre, et les autres es bois Le cerf pressé de filets et d'abois.] Les uns plus gais dessus les herbes molles, Virevoltans à l'entour des carolles, Suivront ta note, et, dansant au milieu, Tu paroistras des espaules un Dieu Les surpassant; mais les autres plus sages, Dans quelque plaine, ou dessus les rivages Le long d'un port des villes fonderont, Et de leur nom ces villes nommeront.

Telles, Muret, telles terres divines Loin des combats, loin des guerres mutines, Loin de soucis, de soins et de remors, Toy, toy, Muret, appellent à leurs bors,

Ronsard. — VI. 12

178 Les Poèmes.

Aux bords heureux des isles plantureuses,

Aux bords divins des isles bien-heureuses,

Que Jupiter réserva pour les siens,

Lors qu'il changea des siècles anciens

L'or en argent, et l'argent en la rouille

D'un fer meurtrier, qui de sang d'hommes souille

La pauvre Europe! Europe que les Dieux

Ne daignent plus regarder de leurs yeux,

Et que je fuy de bon cœur sous ta guide,

Laschant premier aux navires la bride,

Et de bon cœur à qui je dis adieu

Pour vivre heureux en l'heur d'un si beau lieu.

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