Livre second
Dedans les enfers me rue,
Ou bien dés ceste heure mue
En quelque monstre nouveau
Tout cela que j'ay de beau,
Et vien ma face desfaire
Qui plaist quand je ne veux plaire.
Ainsi disant, s'esleva, Et levée elle trouva Que ja roidissoit sa plante En neuve racine lente.
Et ses grèves en un tronc, Et l'escorce tout du long Luy rampoit dessus la hanche Et sur la poitrine blanche.
Elle vit ses bras jumeaux S'allonger en deux rameaux, Ses doigts en branches couvertes, Ses cheveux en fueilles vertes, Qui de piquerons aigus Se herissoient par dessus Tout à l'entour de sa souche, De peur que Pan ne la touche.
Mais l'esprit qui fut enclos Dans sa chair et dans ses os Avant qu'elle fust muée, Ne se perdit en nuée, Ains tel qu'il fut, luy resta, Et sous l'arbre s'arresta ; Car avec les arbres naissent Tousjours des esprits qui croissent Comme l'arbre, et meurent lors Qu'ils sentent les arbres mors.
Quelqu'un de ton parentage, Brinon, dés le premier âge Que le Hous fut transformé, En prit un sion ramé, Et le planta tout sus l'heure Au jardin de ta demeure,
1 86 Les Poèmes.
Pour divertir i'achoison
De toute estrange poison,
Qu'un ver, ou qu'une araignée
Y pourroit avoir trainée;
Et pour servir aux oiseaux
De logis en ses rameaux,
Qui chez luy d'amour se plaignent,
Et sans haine ne dédaignent
Tousjours leur brancher dessus,
Bien qu'on en face la glus
Qui quelquefois les doit prendre
Et serfs en cage les rendre.
Quel poëte diroit bien L'heur, le profit et le bien Que ce Hous fait à son maistre?
En juillet le garde d'estre Dedans sa chambre halle, Lors que le Chien estoillé, De sa dangereuse flame Hommes et bestes enflame.
L'hyver le garde du vent, Et qui plus est, le défend Qu'une voisine bavarde Dans sa chambre ne regarde, Qui peut-estre conteroit D'avoir veu ce qu'elP n'auroit, Et luy feroit, la jaseuse, Une farce scandaleuse.
Croyez quand on vous dira, Lecteurs, qu'Orphée tira Jadis par sa voix divine Les chesnes et leur racine; Brinon l'Orphé' du jourd'huy En fait bien autant que luy; Car, de sa voix douce et belle.
Et de ceux-là qu'il appelle A sa table humainement (Table n'est qui plus deument.