‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 133 sur 223 · EXHORTATION · texte numérisé non relu

EXHORTATION

AU CAMP DU ROY HENRY II POUR BIEN COMBATTRE LE JOUR DE LA BATAILLE. (*)

L'heure que vous avez si longtemps attendue, (■ > Maintenant (ô soldats) en vos mains s'est rendue. Il ne faut plus courir pour voir les ennemis ; Auprès de vostre camp leurs tentes ils ont mis, Si bien qu'on voit ensemble en la mesme campagne Et les forces de France, et les forces d'Espagne S'appeller au combat, et attendre des cieux Lequel d'un si beau camp sera victorieux.

Dieu qui tient maintenant le party de la France, Punira l'Espagnol de son outrecuydance (a) Et r'envoyra sur luy le malheureux destin Qui défit nostre armée aux murs de Sainct Quentin. Ne luy suffisoit-il d'avoir perdu la ville De Guines, de Calais, Hammes, et Thionville, (')

a. Var. :

Du soldat ennemy punira l 'arrogance,

1 . Imprimé pour la première fois à Paris, chez A. Wechel, 1 558, 8 pages in-40.

2. Il exhorte l'armée du Roy à combattre valeureusement à une bataille que l'on alloit donner à Philippes II d'Espagne.

3. Et toute la comté d'Oye que Monsieur de Guise prit en peu de jours, revenant de secourir Rome contre le duc d'Albe, lieutenant de l'Empereur, après la malheureuse journée de Sainct Quentin, autrement dicte de Sainct Laurens.

206 Les Poèmes.

Sans vouloir derechef retomber en vos mains Pour estre à la mercy de nos Princes Lorrains, (') Ainçois de nostre Roy C), qui luy-mesme en personne Veut les armes au poing défendre sa couronne?

Vous, Princes et Seigneurs, monstrez-vous diligens A ranger bien en ordre et vous et tous vos gens ; Que la noble vertu de vostre race antique Ne soit point démentie en cet honneur bellique ; Mais comme grands seigneurs et les premiers du sang, En défiant la mort, tenez le premier rang, Et par vostre vertu (qu'on ne sçauroit abbatrej Monstrez à vos soldats le chemin de combatre.

Vous gendarmes, serrez la cuisse en vos arsons, Brisez-moy vostre lance en cent mille tronsons, Prenez le coutelas et la pesante mace, Et de vos ennemis pavez toute la place. Le pied de vos roussins marche sur les monceaux Des Bourguignons occis, la proye des corbeaux, Et qui sans recevoir l'honneur de sépulture Aux mastins et aux loups serviront de pasture. un

Sus donc poussez dedans, et de vos gros plastrons, De vos chevaux bardez, forcez les escadrons Des Flamans ennemis, qui vous faisant outrage, De vos premiers ayeux occupent l'héritage; Car Flandres, et Holande, et Brabant, et Artois, (*) Jadis obeïssoient aux sceptres de nos Rois.

Et vous, jeunes soldats, à qui la barbe encore D'un petit poil doré tout le menton décore,

a. Var. (Édit. posth.', :

Des ennemis occis, dont les larges ruisseaux De sang puisse engraisser la plaine fromenteuse. Pour n estre au laboureur stérile ny menteuse.

i . Messieurs de Guise.

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