Livre second
Pour la variété de ses effects divers ; Ainsi nostre âme seule, image très-petite De l'image de Dieu, le Tout-Puissant imite D'un subtil artifice, et de sa Deïté Nous monstre les effects par sa diversité.
Quand elle trouve un corps d'une masse légère Qui honore craintif son hostesse estrangere, Et qui sans grommeler obéît promptement Comme un bon serviteur à son commandement, Elle achève des faits qui donnent d'âge en âge Et d'elle et de son corps illustre tesmoignage; Car de son naturel sans quelque chose ourdir, Oisive dans le corps ne se veut engourdir, D'autant que son essence est disposte et mobile, Et qui ne peut jamais demeurer inutile.
Comme une bonne mère après que son fils dort Couché seul au berceau, hors de la chambre sort, Et dedans un jardin s'esbat et se promeine Jusqu'à tant que le soin de son fils la r'ameine, Duquel elle est soigneuse, et le trouvant seulet Découvre sa mammelle, et luy donne du laict; Ainsi nostre ame sort quand nostre corps repose, Comme d'une prison où elle estoit enclose; Et en se promenant et jouant par les cieux, Son païs naturel, banquette avec les Dieux; Puis ayant bien mangé de sa saincte ambrosie, Redevalle en son corps pour le remettre en vie, Qui pasmé sommeilloit, et qui soudain mourroit, Si l'ame à retourner trop long temps demeuroit.
Si tost qu'elle est r'entrée, elle luy communique Ce qu'elle apprend de Dieu, luy monstre la pratique Du mouvement du ciel, luy marque les grandeurs Des astres etherez, leur force et leurs splendeurs, Des grands et des petits ; car comme en une ville Où chacun garde bien la police civile, On voit les sénateurs au premier rang marchans Tenir leur gravité, au second les marchans, Au tiers les artizans, au quart la populace;
2 $6 Les Poèmes.
Ainsi dedans le ciel les astres ont leur place Et leur propre degré, grands, petits et moyens, De la maison du ciel éternels citoyens.
Elle luy dit après s'il y a d'autres mondes, Si le va^ue reçoit les formes vagabondes, Si le Soleil, si Mars, et si la Lune aussi D'hommes sont habitez, comme est la terre icy, De villes, de forests, de prez et de rivières; Si leurs corps sont formez de plus simples matières Que les nostres mortels, qui sont faits grossement, Comme habitans ce sombre et grossier élément.
Luy dit comme se fait la foudre dans les nues, Les gresles, les frimats, et les pluyes menues, Les neiges et les vents, et luy fait mesurer Le ciel, la mer? la terre, à fin de Passeurer Par mystères si hauts, que nostre ame est divine, Ayant prise de Dieu sa première origine.
Elle fait que les uns deviennent inventeurs Des secrets plus cachez, les autres orateurs, Les autres médecins; aux uns la poésie Imprime brusquement dedans la fantaisie, Et aux autres la loy ; aux autres de pouvoir D'un luth bien accordé les hommes esmouvoir, Aux autres de sacrer la vénérable histoire Des humains accidens au temple de Mémoire; Comme a fait cest autheur, qui du peuple Romain A descrit les combats, peuple qui sous sa main Tenoit ce que la mer dedans ses bras enserre, Que nous pauvres humains soûlons nommer la terre.
Or ce peuple de Mars jamais rien n'entreprit En ses premiers combats, que Live n'ait escrit, Et n'a voulu souffrir que l'envieux silence Engloutist sans honneur la Romaine puissance. Car luy comme prudent prevoyoit assez bien (a)
a. Var. :
Or luy grand discourut, comme prévoyant bien