‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 159 sur 223 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Venir à leur lever, venir à leur coucher,

Se trouver à leur table, et discourir un conte,

Estre bon importun et n'avoir point de honte.

Voyla le vray chemin que tu dois retenir,

Si tu veux promptement aux honneurs parvenir,

Et non faire des vers ou jouer sur la lyre ;

Ce sont pauvres mestiers dont on ne fait que rire.

« Au temps des Roys passez j'avois le front menteur, Le parler d'un trompeur, les yeux d'un affronteur , Maintenant je suis ferme, et pleine d'asseurance; Car aujourd'hui la Royne a toute ma puissance: Elle a le cœur entier, magnanime et hautain, Et sa seule parole est un arrest certain ; Sa bouche est un oracle, et sa voix prononcée, Comme celle d'un Dieu, ne dément sa pensée. Avant que de promettre elle songe long temps ; Après avoir promis, ses propos sont constans, Et l'importunité ne la sçauroit combattre ; Car de promettre à deux, ou à trois ou à quatre, C'est signe d'inconstance, et le cœur généreux Ne doit jamais promettre un mesme bien à deux. C'est à faire aux enfants, et aux simples pucelles Qui n'ont rien de vertu ny de parfait en elles, Et non à la Princesse, à qui le ciel a mis Dessous sa Majesté tant de peuples soumis, Lesquels tout d'un accord admirent sa prudence. Qui poise tant de peuple en égaie balance; Ouvrage mal-aisé; toutesfois elle fait Que chacun vit sous elle heureux et satisfait.

» Ceste Royne de biens et d'honneurs couronnée, Ne veut comme autrefois se voir importunée, Ou que par la prière on force son plaisir; Sa providence veut elle-mesme choisir Les hommes vertueux, et en crédit les mettre, Les faisant bien-heureux avant que leur promettre ; Et c'est le vray moyen d'avoir des serviteurs, Et non pas d'avancer des sots ny des flateurs, Qui sent autour des Rovs élevez en la sorte

2 54 Les Poèmes.

Qu'est un pilier muet soubs une image morte, (a) » Or si la Muse a fait enfanter ton cerveau,

Estreine sa Grandeur d'un ouvrage nouveau ;

Et tout ainsi qu'on voit en mieux changer l'année,

Tu pourras voir changer en mieux ta destinée, i Ainsi disoit Promesse, et bien loin de mes yeux,

S'enfuyant de mon lit, se perdit dans les cieux.

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