Livre second
Un tel brouillart dessus Paris arrive Quand de ses rais nostre soleil (*) nous prive, Et que bien loin il emporte autre part Sa Majesté, qui le jour nous départ^ Avec la vostre et celle de son frère (2), Car sans vous deux la sienne n'est pas claire.
Incontinent que le Roy, nostre jour, Nostre soleil, fait ailleurs son séjour, Et que tournant les rayons de sa face Loin de nos yeux, reluit en autre place, L'hiver nous prend ; lors mille impressions Se font en l'air d'imaginations, Qui d'un grand tour se pourmeinent ensemble, Puis tout le corps en un monceau s'assemble, Et ce monceau qui fantastique pend Deçà, delà, divisé se respand En cent façons, et se démembre en nues, Non pas de gresle ou de pluyes menues, Neiges, frimats, ou de glace qui perd Le jeune bled dessus le sillon verd.
L'air imprimé ne respand choses telles Dessus Paris; mais cent mille nouvelles, Qui font pleuvoir, bruyantes d'un grand son, Leurs nouveautez en diverse façon.
A Fimpourveu tantost vient une nue, Et ne sçait-on comment elle est venue, Laquelle espand que les Huguenots font Un grand amas, et qu'assemblez se sont; Et qu'au synode ils ont conclud de prendre La force en main, et trompez ne se rendre Sous une paix, qui frivolle retient Que l'évangile en lumière ne vient, Et que bien tost les peuples d'Allemagne Viendront pour eux couvrir nostre campagne,
i. Charles IX.
:. Henry III.
260 Les Poèmes.
Pareils en nombre aux sablons de la mer, Ou aux flambeaux que l'on voit allumer Aux nuits d'hyver, quand la grand' couverture Du ciel ardant est bien claire et bien pure.
L'autre au contraire après laisse pleuvoir Que la prestrise ardante fait mouvoir Guerre à Genève, et que ja la Savoye Sous son grand Duc en a trassé la voye; Et que le Roy à son âge venu, Les doit froisser comme sablon menu, Les punissant de leurs fautes commises D'avoir pillé son bien et ses églises.
L'autre soudain en cheminant par l'air, Tout en un coup sa charge fait couler, Versant par tout que la partie est forte Des Huguenots et des Romains, de sorte Qu'il ne faut rien remuer des deux parts, Que le profit en viendroit aux soldarts; Et que le Roy de puissance asseurée A fait l'edit d'éternelle durée; Que le Papiste à ses messes ira, Le Huguenot du presche jouira.
L'autre fait choir qu'on brasse quelque chose, Dont la menée encore n'est déclose; Et que bien tost on verra de grands cas. Puis l'autre au Turc fait avancer le pas, Et va semant que sa grand' cymeterre Doit commander bien tost à nostre terre, Et que pour trop disputer de la foy A la parfin nous n'aurons plus de loy.
L'autre, en ouvrant ses ombres espaissies Pleines d'horreur, fait choir des prophéties, Qu'on dit venir du cabinet de Dieu ; C'est qu'au palais il n'y a plus de lieu Pour nostre Prince, et que c'est certain signe Que de nos Roys prochaine est la ruine; Et que la France, après tant de dangers, Doit enrichir les sceptres estrangers ;