‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 169 sur 223 · AU TRESORIER DE L'ESPARGNE · texte numérisé non relu

AU TRESORIER DE L'ESPARGNE

Je sçay, Moreau, les affaires de France; Je sçay combien nostre Prince a souffrance D'argent Me nerf des guerres), et j'entens Crier au camp les soldats mal-contens; J'oy d'autre part la province affligée D'imposts (*), tributs, et de tailles mangée, Qui donne sang et entrailles au Roy, A longs souspirs se lamentant dequoy Rien n'est payé, sans que pourtant on laisse De la charger d'une angoisseuse presse; Comme le fleuve en la marine court, Tout cest argent tire devers la court.

La court qui est comme un homme hydropique, Qui plus il boit, plus la soif domestique Le fait reboire, et si n'en est nourry ; Car son foye est ulcéreux et pourry, Qui ne sçauroit digérer son breuvage; Mais le tournant en très-mauvais usage, Bouffit le corps, qui toutefois n'est pas, Estant enflé, ou plus sain, ou plus gras;

Ainsi pour voir les esponges ventreuses De nostre court, en argent plantureuses, Grosses de biens, il ne faut pas penser Que pour cela leur soif vueille cesser. Plus ils en ont, plus se plaignent et deulent, ri Plus sont enflez, plus d'enfleures ils veulent.

Il faut chasser quelques Italiens,

1 . Ce fut sous le règne de ce Roy qu'on commença à donner des advis.

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