Une voiture, un char
Nos escadrons François, soit pour donner bataille, Soit pour gaigner d'assaut quelque forte muraille. Il aura sur le chef un morion gravé, Et sur le morion un panache eslevé, Qui par ondes jou'ra le long de son eschine, Et dessus le panache il aura peint un cygne, Tel qu'on le voit errer par les prez Asiens Paissant les doux replis des bords Meandriens.
Au sommet du pillier, au milieu d'une frize, Pour trophée pendra mainte navire prise, Maint corselet captif, maints dards et maints escus Ez batailles conquis, despouilles des vaincus.
Après, tout à Fentour de la mesme colonne, S'eslevera le camp, et les forts de Boulongne, Et luy qui ne fera que commencer encor A frizer son menton d'un petit crespe d'or, Valeureux, chassera les Angloises cohortes Pesle-mesle, à monceaux, tombantes dans leurs portes Pasles d'effroy, de peur qui courra par leurs os, Le voyant ja déjà tout courbé sur leurs dos Branler sa longue creste et sa piaue homicide, De la mesme façon qu'Achille Peleïde Chassoit sous Ilion les Troyens qui trembloient, Et l'un sur l'autre à foule en leurs portes tomboient, De voir prés de leur dos l'ombre de son panache, Et d'ouyr parmy l'air siffler sa grande hache. Ainsi les ennemis fuiront devant sa main, Le sang des Anglois morts fera rougir le sein De Tethys, et leurs corps chargeront la campagne.
Après sera portrait tout le camp d'Allemagne, Chimets et Rodemarc, Mommedy, Danvillier, Hedin, Yvoy, Dinant, où il fut le premier Des soudars à l'assaut, prodigue de sa vie, Pour monstrer par effet combien il a d'envie De servir nostre Roy, et luy faire sçavoir Qu'un plus vaillant que luy la France ne peut voir.
Apres, de la grand' mer et des ondes liquides L'image sera peinte, et des sœurs Néréides,
Ronsard. — VI. 20
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D'Inon et des Tritons, qui bruiront ses vertus Tout au sommet de l'eau dans leurs cornets tortus, Flottans demi-poissons, à celle fin que l'onde Soit pleine de son los, aussi bien que le monde, Et que la Renommée espandue en tous lieux Avecques sa trompette en remplisse les cieux. Suivant ce mesme rang, sera la portraiture De ton frère second ; mais une nue obscure Couvrira tout le haut de son armet cresté, Pour le signe fatal de sa captivité.
Si sera-il pourtant l'un des Dieux de mon temple, Bien qu'il soit prisonnier, en imitant l'exemple Des plus grands Dieux du ciel, qui se virent bien mis Quelquefois es prisons des Geans ennemis.
Hercule fut-il pas l'esclave d'Eurysthée? Et nonobstant après sa puissance indontée L'assit entre les Dieux, bien qu'il eust mille fois Senti de ce tyran les outrageuses loix. Et toy, qui les soudars à la bataille guides, Mars, ne fus-tu captif des frères Aloïdes? Et toy, grand Jupiter, n'as-tu pas quelque temps Esté le prisonnier des superbes Titans?
Et toutefois après ta captive misère, Tu fus nommé des Dieux et des hommes le père, Et seul tenant la foudre esparse dans tes mains, Tu as puni du ciel le vice des humains, Régissant du sourci haut et bas toute chouse ; Junon te secondant, ta sœur et ton espouse. Qu'il prenne donc courage, et qu'il soit glorieux D'avoir en son mal-heur pour compagnons les Dieux.
Ainsi, mon Mecenas, clans ce temple de gloire Je mettray ces portraits sacrez à la mémoire, A fin que des longs ans les cours s'entresuivans Ne foulent point à bas leurs honneurs survivans, Et que des Chastillons la maison estimée Vive, maugré le temps, par longue renommée, Pour avoir tant aime les nombreuses douceurs Dont Phebus Apollon anime les neuf Sœurs.
des Poèmes. 307
Et moy, leur grand poète, au sainct jour de leur feste, Ayant de verd laurier toute enceinte la teste, Planté sur un genouil aux marches de l'autel, Je feray resonner leur renom immortel Aux nerfs les mieux-parlans de ma cithare courbe. Ensemble, de la voix, je prescheray la tourbe Espandue à l'entour, d'ensuivre la vertu, Et que par autre poinct les Chastillons n'ont eu Tiltres d'honneurs divins que pour avoir suivie L'honorable vertu, tout le temps de leur vie, Comme Hercule jadis, qui pour suivre en tout lieu L'honneur et la vertu, d'homme se feit un Dieu.
Après dedans le temple, imitant les antiques, Je feray sacrifice aux esprits Olympiques, Aux héros le second, et le troisiesme honneur Sera du sacrifice à Jupiter sauveur.
Lors moy? le seul autheur d'un si divin office, Je feray dignement le premier sacrifice, Environné du peuple, à tes nobles ayeux, Qui habitent l'Olympe assis au rang des Dieux, Puis aux héros, qui sont tes deux frères qui vivent, Et des preux demi-Dieux les beaux gestes ensuivent ; Et le troisiesme honneur après ces deux icy, Ce sera pour ton oncle Anne Montmorency, Mon Jupiter sauveur; car c'est luy qui ma teste Veut sauver de la dent de ceste fiere beste Que Styx contre le ciel asprement irrité Conceut, et la nomma l'horrible pauvreté. Dieux ! faites que jamais, jamais je ne rencontre Auprès de ma maison cet effroyable monstre ! Mais bien puisse tousjours ce cruel animal Aller loger chez ceux qui me voudront du mal.
Or je vais commencer maintenant à vous faire Un sacrifice neuf qui vous pourra complaire, Non par sang de taureaux, ou de vaches encor, Ou de bœufs qui auront le haut des cornes d'or, Tuez en hécatombe; ains je vous sacrifie, Dés ores à vous tous, mon esprit et ma vie,
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Mes Muses et ma plume; et si jure les eaux De Pimple et de Pégase, et les tertres jumeaux De Parnasse sacré, choses non perjurables A ceux à qui les Sœurs se monstrent favorables, Qu'ingrat je ne seray par le temps apperceu, Du bien et de l'honneur que de vous j'ay receu ; Et sans me reposer par les terres estranges Tousjours de mieux en mieux j'envoiray les louanges, Non pas de l'oncle seul, mais de tous les neveux, Ausquels bien humblement j'appens icy mes vœux ; Car soit que Lachesis de couper n'ait envie Pour vingt ou pour trente ans la trame de ma vie, Ou soit qu'elle et ses sœurs d'une éternelle main Trenchent bien tost le fil de mon mestier humain ; J'acheveray tousjours d'ourdir en ma pensée De l'oncle et des nepveux l'histoire commencée.