‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 196 sur 223 · GAYETÉ II · texte numérisé non relu

GAYETÉ II

Assez vray'ment on ne révère Les divines bourdes d'Homère, Qui dit qu'on ne sçauroit avoir Si grand plaisir que de se voir

i. Dans le Livret de Folastries on lit Rodaîine; mais il s'agit évidemment de Daurat.

2. Cette date est celle de la première édition des œuvres de Ronsard, ainsi intitulée : Les Œuvres de P. de Ronsard, gentil-homme vandomois, rédigées en quatre tomes, etc. Paris, Gabriel Buon, 1560. 4 vol. in- 16.

Nous continuons à donner le texte de chaque pièce d'après l'édition où elle a paru pour la première fois, le texte de 1 560 étant considéré comme type et comme point de départ.

et Epigrammes. 343

Entre ses amis à la table, Quand un menestrier délectable Paist l'oreille d'une chanson, Et quand l'oste-soif echanson Fait aller en rond par la troupe De main en main la pleine coupe.

Je te salue, heureux boiveur, Des meilleurs le meilleur resveur; Je te salue, ô bon Homère!

Tes vers cachent quelque mystère :

Il me plaist de voir si ce vin M'ouvrira leur secret divin.

Iô ! je l'entens, chère troupe, La seule odeur de ceste coupe M'a fait un rapsode gaillard Pour bien entendre ce vieillard.

Tu voulois dire, bon Homère, Qu'on doit faire très-bonne chère Tandis que l'âge et la saison Et la peu maistresse Raison Permettent à nostre jeunesse Les libertez de la liesse, Sans avoir soin du lendemain ; Mais d'un hanap de main en main, D'une trépignante cadance, D'un rouër autour de la dance, De meutes de chiens par les bois, De luths mariez à la vois, D'un flus, d'un dé, d'une première, D'une belle fleur printaniere, D'une pucelle de quinze ans Et de mille autres jeux plaisans Donner soûlas à nostre vie, Qui bien tost nous sera ravie.

Moy donq, au logis de séjour En ce temps d'hyver, que le jour N'a pas de longueur une brasse.

Et l'eau se bride d'une glace;

344 Gayetez

Ores que les vents outrageux Démènent un bruit orageux ; Ores que les douces gorgettes Des Dauliennes sont muettes ; Ores qu'au soir on ne voit plus Danser par les antres reclus Les Pans avecques les Dryades, Ny sur les rives les Naïades ; Que feroy-je en telle saison, Sinon oiseux à la maison, Ensuyvant l'oracle d'Homère, Prés du feu faire bonne chère, Et souvent baigner mon cerveau Dans la liqueur d'un vin nouveau, Qui tousjours traine pour compaigne Ou la rostie ou la chastaigne?

En ceste grande coupe d'or Verse, page, et reverse encor ; Il me plaist de noyer ma peine Au fond de ceste tasse pleine, Et d'estrangler avec le vin Mon souci qui n'a point de fin, Non plus que Pentraille immortelle Que l'aigle sans cesse bourrelle ; Tant les attraits d'un œil vainqueur Le font renaistre dans mon cœur.

Çà! page, donne ce Catulle, Donne-moy Tibulle et Marulie, Donne ma lyre et mon archet, Depens-la tost de ce crochet ; Viste donq, à fin que je chante, A fin que par mes vers j'enchante Ce soin que l'Amour trop cruel Fait mon hoste perpétuel.

0 père, ô Bacchus ! je te prie, Que ta saincte fureur me lie Dessous ton thyrse, à celle fin, O père! que j'erre sans fin

et Epigrammes. 345

Par tes montaignes reculées -

Et par l'horreur de tes valées.

Ce n'est pas moy, las ! ce n'est pas Qui dédaigne suivre tes pas, Et couvert de lierre, brere Par la Thrace : Evan ! pourveu, père, Las! pourveu, père, las! pourveu Que ta flame esteigne le feu Qu'Amour, de ses rouges tenailles, Me tournasse par les entrailles.

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