‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 205 sur 223 · GAYETÉ IV · texte numérisé non relu

GAYETÉ IV

J'ay vescu deux mois, ou trois Mieux fortuné que les rois De la plus fertile Asie, Quand ma main tenoit saisie Celle qui tient dans ses yeux Je ne sçay quoy qui vaut mieux Que les perles indiennes, Né les masses midiennes.

Mais depuis que deux guerriers, Deux soldars avanturiers, Par une trêve mauvaise, Sont venus corrompre l'aise De mon plaisir amoureux, J'ay vescu plus malheureux Qu'un empereur de l'Asie, De qui la terre est saisie, Fait esclave sous la loy D'un autre plus vaillant roy. (a)

Las! si quelque hardiesse Enflamme vostre jeunesse; Si l'amour de vostre Mars Tient vos cœurs, allez, soldars, Allez, bien-heureux gendarmes, Allez, et vestez les armes; Secourez la fleur de lis! Ainsi le vineux Denis,

*. Var. :

Fait esclave sous les mains Des plus belliqueux Romains.

39° Gayetez

Le bon Bacchus porte-lance Soit tousjours vostre deffence.

Et quoy ! ne vaut-il pas mieux, Braves soldars furieux, De coups esclaircir les foules, Qu'ainsi effroyer les poules De vos sayons bigarrez?

Allez, et vous reparez De vos belles cottes d'armes ; Allez, bien-heureux gendarmes, Secourez la fleur de lis !

Ainsi le vineux Denis, Le bon Bacchus porte-lance Soit tousjours vostre deffence.

Il ne faut pas que l'hyver Vous engarde d'arriver Où la bataille se donne, Où le Roy mesme en personne, Plein d'audace et de terreur, Espouvante l'Empereur, Tout blanc de crainte poureuse, Dessus les bors de la Meuse.

A ce bel œuvre, guerriers, Serez-vous pas des premiers?

Ah ! que vous aurez de honte Si un autre vous raconte Combien le Roy print de forts, Combien de gens seront morts A telle ou telle entreprise, Et quelle ville fut prise Par eschelle ou par assaut, Combien le pillage vaut; En quel lieu l'infanterie, En quel la gendarmerie Heureusement firent voir Les exploits de leur devoir, Nobles de mille conquestes !

Lors vous baisserez les testes,

Et de honte aurez le ieint Tout vergongneusement teint ; Et, fraudez de telle gloire, N'oserez manger ny boire A l'escot des taverniers, Ny jurer comme sauniers Contre les gens de village; Mais portant bas le visage, Et mal asseurez du cœur, Tousjours vous mourrez de peur Qu'un bon guerrier ne brocarde Vostre lascheté couarde.

Donc si quelque honneur vous poingt, Soldars, ne cagnardez point; Suivez le train de vos pères, Et rapportez à vos mères Double honneur et double bien ; Vos sœurs je garderay bien Sans vostre aide. Allez, gendarmes, Allez, et vestez les armes, Secourez la fleur de lys!

Ainsi le vineux Denys, Le bon Bacchus porte-lance Soit tousjours vostre deffence.

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