‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 204 sur 223 · DITHYRAMBES · texte numérisé non relu

DITHYRAMBES

RECITEZ A LA POMPE DU BOUC DE E. JODELLE, Poëte tragique. (')

Tout ravy d'esprit je forcené ; Une nouvelle erreur me mené D'un saut de course dans les bois ;

i . Ces vers sont de Bertrand Bergier, poëte dithyram-

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Iach, ïach, j'oy la vois Des plus vineuses Thyades, Je voy les folles Menades Dans les antres trépigner, Et de serpens se peigner.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, iach, ïach.

Je les oy,

Je les voy, Comme au travers d'une nue, D'une cadance menue, Sans ordre ny sans compas, Laisser chanceler leurs pas.

Je voy les secrets mystiques Des festes trieteriques, Et les Sylvains tout autour,

De maint tour Cotissant dessus la terre, Tous hérissez de lierre, Badiner et plaisanter, Et en voix d'asnes chanter :

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Je voy, d'un œil assez trouble, Une couple De satyres cornus, chevrepiez et mi-bestes,

bique, comme le dit Claude Binet dans la Vie de Ronsard. Du Bellay adresse une ode à Bertrand Bergier de Montembeuf, natif de Poictiers, poëte bedonnique-bouffonnique. C'est le même. Peut-être Ronsard a-t-il eu quelque part à ces Dithyrambes, et est-ce pour cette cause qu'ils ont été mis dans ses oeuvres. C'est en ijf2, après la représentation de la Cléopâtre de Jodelle, que les poètes de la Pléiade se réunirent à Arcueil, dans un joyeux banquet, et, tout épris des souvenirs de l'antiquité, amenèrent au poëte tragique un bouc couronné de fleurs.

et Epigrammes. 379

Qui soustiennent de leurs testes Les yvres costez de Silène, Talonnant à toute peine Son asne musard, et le guide D'une des mains sans licol ne sans bride, Et de l'autre, à ses oreilles Pend deux bouteilles, Et puis il dit qu'on rie Et qu'on crie :

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach !

Hoh ! je me trouble sous sa chanson !

Un horrible frisson Court par mes veines quand j'oy brere Ce vieil père, Qui nourrit, après que Semele Sentit la flame cruelle, Le bon Bacchus Diphyen, Dedans l'antre Nyssien,

Du laict des tigresses ; Les Nymphes et les Déesses Chantans autour de son bers

Ces beaux vers :

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, iach!

Evoé, Cryphien, je sens M'embler l'esprit et le sens Sous une verve qui m'affolle, Qui me joint à la carolle

Des plus gaillardes

Bandes montagnardes, Et à l'avertineuse trope Des Mimallons, qui Rhodope Foule d'un pied barbare, Où la Thrace se sépare En deux, Du flot glacé de Hebre le negeux.

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Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Il me semble qu'une poussière Offusque du jour la lumière, S'elevant par les champs Sous le pié des marchans.

Evoé, Père, Satyre, Protogone, Evastire, Double-corne, Agnien, Œil-taureau, Martial, Evien, Porte-lierre, Omadien, Triete, Ta fureur me jette

Hors de moy.

Je te voy, je te voy, Voy-te-cy Romp-soucy !

Mon cœur, bouillonnant d'une rage, En-vole vers toy mon courage.

Je forcené, je demoniacle ; L'horrible vent de ton oracle J'entens; l'esprit de ce bon vin nouveau Me tempeste le cerveau.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Une frayeur par tout le corps Me tient ! mes genoux peu fors

A l'arriver de ce dieu tremblottent,

Et mes parolles sanglottent

Je ne sçay quels vers insensez.

Avancez, avancez, avancez

Ceste vendange nouvelle, Voicy le fils de Semele!

Je le sens dessus mon cœur S'asseoir comme un roy vainqueur.

J'oy les clairons tintinans, Et les tabourins tonnans, J'oy autour de luy le buys

Caqueter par cent pertuis, Le buys Phrygien, que l'entourée, D'une haleine mal-mesurée,

Enfle autour de ses Châtrez,

Je les voy tous pénétrez D'une rage insensée, Et tous esperdus de pensée

Chanter : Iach, Evoé,

Eyoé, ïach, ïach!

Evan, Père, ou je me trompe,

Ou je voy la pompe D'un bouc aux cornes dorées,

De lierre décorées, Et qui vrayment a le teint

Teinct De la couleur d'un Silène, Quand tout rouge il perd l'haleine D'avoir d'un coup vuidé son flacon Plein d'un vin tholozan ou bien d'un vin gascon. Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Mais qui sont ces enthyrsez, Hérissez De cent feuilles de lierre, Qui font rebondir la terre De leurs pies, et de la teste A ce bouc font si grand' feste?

Chantant tout autour de luy Ceste chanson bris'-ennuy :

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach?

Tout forcené à leur bruit je fremy ;

J'entrevoy Baïf et Remy, Colet, Janvier, et Vergesse, et le Conte, Paschal, Muret, et Ronsard qui monte Dessus le bouc, qui de son gré Marche, à fin d'estre sacré

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Aux pieds immortels de Jodelle, Bouc, le seul prix de sa gloire éternelle ; Pour avoir d'une voix hardie Renouvelé la tragédie, Et déterré son honneur le plus beau Qui vermoulu gisoit sous le tombeau.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach !

Hoh, hoh! comme ceste brigade Me fait signe, d'une gambade, De m'aller mettre sous ton joug, Pour ayder à pousser le bouc !

Mais, Père, las ! pardonne-moy, pardonne ;

Assez et trop m'esperonne Ta fureur sans cela,

Assez deçà et delà

Je suy tes pas à la trace, Par les Indes et par la Thrace; Ores d'un thyrse porte-lierre Faisant à tes tigres la guerre,

Ores avec tes Evantes Et tes Menades bien boivantes.

Redoublant à pleine vois, Par les bois :

Iach, ïach, Evoé,

Evoé, ïach, ïach !

Maugré moi. Père, ta fureur, Plein d'horreur, M'y traîne, et ne voulant pas, Maugré moy je sens mes pas Qui me dérobent mal-sain, Où Jodelle de sa main Du bouc tenant la moustache, Que poil à poil il arrache, Et de l'autre, non paresseuse, Haut élevant une coupe vineuse

Te chante, ô Dieu bacchique!

Cest hymne dithyrambique :

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach !

Haï! avant, Muses Thespiennes, Haï! avant, Nymphes Nyssiennes, Rechantez-moy ce Père Bromien, Race flameuse du Saturnien Qu'engendra la bonne Semele, Enfant orné d'une perruque belle Et de gros yeux Plus clairs que les astres des cieux.

Iach, ïach Evoé, Evoé, ïach, ïach !

Evoé ! mes entrailles sonnent ' Sous ses fureurs qui m'espoinçonnent, Et mon esprit, de ce dieu trop chargé, Forcené, enragé :

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Que l'on me donne ses clochettes

Et ses jazardes sonnettes; Soit ma perruque décorée D'une couronne coulevrée :

Perruque lierre-porte,

Que l'ame Thracienne emporte Deçà delà dessus mon col.

Iach, ïach, Evoé,

Evoé, ïach, ïach !

Il rhe plaist ores d'estre fol,

Et qu'à mes flancs les Edonides,

Par les montaignes les plus vuides,

D'un pié sacré tremblant

En un rond s'assemblant, Frappent la terre, et de hurlées Effroyent toutes les valées; Le talonneur de l'asne tard,

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Bassar, Evan, redoublant d'autre part :

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Il me plaist, comme tout épris De ta fureur, ce jour gaigner le pris.

En haletant à grosse haleine, Faire poudrer sous mes pieds ceste plaine. Çà! ce thyrse et ceste tiare.

C'est toy, Naxien, qui m'égare Sur la cime de ce rocher :

Il me plaist d'accrocher Mes ongles contre son escorce, Et, chevestré dessous ta douce force, Aller devant ton orgie incogneue, La célébrant de voix aiguë, Orgie, de toy, Père, Le mystère, Qu'un panier enclôt saintement, Et que nul premièrement En vain oseroit toucher, sans estre Ton prestre, Ayant neuf fois, devant ton simulacre, Enduré le sainct lavacre De la fontaine verrée Aux Muses sacrée.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

0 Père! où me guides-tu?

Devant ta vertu Les bestes toutes troublées Se baugent dans les valées :

Ny les oiseaux n'ont pouvoir de hacher, Comme ils faisoient, le vague, sans broncher Incontinent qu'ils te sentent :

Dessous leurs goulfres s'absentent De l'Océan les troupes escaillées, Horriblement émerveillées,

De voir La force de ton pouvoir.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, iach, ïach!

Par tout les Amours te suivent, Et sans toy les Grâces ne vivent, La Force, la Jeunesse, La bonne Liesse Te suit, Le Soucy te fuit, Et la Vieillesse chenue, Plustost qu'une nue Devant Aquilon Au gosier félon.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach !

Un chacun tu vas liant Sous ton thyrse impatient :

Aime Denys, tu es vrayment à craindre, Qui peux contraindre tout, et nul te peut contraindre. O Cuisse-né, Archete, Hymenien, Bassare, Roy, Rustique, Eubolien, Nyctelien, Trigone, Solitere, Vengeuf, Manie, Germe des Dieux et Père, Nomien, Double, Hospitalier, Beaucoup-forme, Premier, Dernier, Lenean, Porte-sceptre, Grandime, Lysien, Baleur, Bonime, Nourri-vigne, Aime-pampre, Enfant, Gange te vit triomphant, Et la gemmeuse mer Que le soleil vient allumer De la première sagette Qu'à son lever il nous jette.

Bien te sentit la terriere cohorte

Des geans, montaigne-porte, Et bien Mime te sentit

Ronsard. — VI. 25

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Quand ta main Rethe abatit, Et bien te sentit Penthée, Qui mesprisa ta feste inusitée, Et bien les nautonniers barbares, Quand leurs mains avares Te trompèrent, toy beau, Toy dieu celé dessous un jouvenceau.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Que diray-je de tes Thebaines, Qui virent leurs toiles pleines De vigne, et par la nuit Elles jettans un petit bruit, Se virent, de corps dénuées, En chauves-souris muées?

Quoy du soldart de Mysie?

Et de Pimpieteux Acrisie, Qui à la fin sentit bien ta puissance, Bien que puny d'une tarde vengeance?

C'est toy qui fléchis les rivières, Et les mers, tant soient-elles fieres!

Toy sainct, toy grand, tu romps en deux Les rochers vineux, Et tu fais hors de leurs veines Tressauter à val les fontaines Douces de nectar, et des houx Tu tais suinter le miel doux.

Ïach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Le coutre en voûte doublé Te doit, et Cerés porte-blé ; Les loix te doivent, et les villes, Et les polices civiles.

La liberté, qui aime mieux s'offrir A la mort qu'un tyran souffrir, Te doit, et te doit encore L'honneur, par qui les hauts dieux on décore.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Par toy on adjoute, pareil,

Le pouvoir au conseil, Et les Mimallons arrachans Par les champs Les veaux des tetins de leurs mères, Comme feres, D'un pied vieillard vont rouant Autour de Rhodope jouant.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach !

Mille chœurs de poètes divins, Mille chantres et devins Frémissent à ton honneur; Tu es à la- vigne donneur De sa grappe, et au pré De son émail diapré.

Les rives par toy fleurissent, Les bleds par toy se hérissent; 0 aime Dieu, En tout lieu Tu rends compagnables Les semences mal sortables.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Tu repares d'une jeunesse

La vieillesse Des siècles fuyans par le monde ; Tu poises ceste masse ronde,

0 Démon, et tu enserre

L'eau tout au rond de la terre, Et au milieu du grand air fortement Tu pens la terre justement.

Iach, ïach, Evoé,

Evoé, ïach, ïach!

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Par toy, chargez de ton nectar, Rempans avec toy dans ton char, Nous concevons des cieux Les secrets précieux, Et bien que ne soyons qu'hommes, Par toy demi-dieux nous sommes.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach !

Je te salue, ô Lychnite!

Je te salue, ô Peslite

Des dieux, et le Père A qui ce tout obtempère !

Dextre, vien à ceux Qui ne sont point paresseux De renouveller tes mystères!

Ameine les doubles Mères Des Amours, et vien, Evien, Œillader tes bons amis, Avec ta compagne Themis, Enclose des anciennes Nymphes Coryciennes, Et reçoy, O Roy, Le bouc ronge-vigne, Qui trépigne Sur ton autel Immortel.

Iach, ïach, Evoé, Evoé, ïach, ïach!

Vien donc, Père, et me regarde D'un bon œil, et prens en garde Moy, ton poëte, Jodelle; Et pour la gloire éternelle De ma brave tragédie, Reçoy ce vœu qu'humble je te dédie.

Au Livret de Folastries ( i $34 ).

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