‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 207 sur 223 · GAYETÉ VI · texte numérisé non relu

GAYETÉ VI

Au vieil temps que l'enfant de Rhée N'avoit la terre dedorée, Les grands héros ne dedaignoient Les chiens qui les accompagnoient, Fidèles gardes de leur trace; Mais toy, chien de meschante race, En lieu d'estre bon gardien Du trac de m'amie et du mien, Tu as comblé moy et m'amie De deshonneur et d'infamie ; Car toy, par ne sçay quel destin, Desloyal et traistre mastin, Japant à la porte fermée De la chambre où ma mieux aimée Me dorlotoit entre ses bras, Tu donnas soupçon aux voisines, Aux sœurs, aux frères, aux cousines..

Et si bien le bruict de cela

et Epigrammes. 395

Courut par le bourg çà et là, Qu'au rapport de telle nouvelle Sa vieille mère, plus cruelle Qu'une louve ardant de courroux, Sa fille diffama de coups, Luy escrivant de vergelettes L'yvoire de ses costelettes.

Ainsi, traistre, ton aboyer, Traistre, m'a rendu le loyer De t'aimer plus cher qu'une mère N'aime sa fille la plus chère.

Si tu ne m'eusses esté tel, Je t'eusse fait chien immortel, Et t'eusse mis parmy les signes Entre les astres plus insignes, Compagnon du chien d'Orion, Ou ae celuy qui le Lion Aboyé, quand la vierge Astrée Se voit du soleil rencontrée.

Car certes ton corps n'est pas laid, Et ta peau plus blanche que lait De mille frisons houpelue, Et ta basse aureille velue, Ton nez camard et tes gros yeux Meritoient bien de luire aux cieux ; Mais en lieu d'une gloire telle, Une démangeante gratelle, Une fourmilière de poux, Un camp de puces et de loups, La rage, le farcin, la taigne, Un dogue affamé de Bretaigne Jusqu'aux os te puissent manger Sur quelque fumier estranger, Meschant mastin, pour loyer d'estre Si traistre à ton fidèle maistre.

396 Gayetez

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