‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 208 sur 223 · GAYETÉ VIL · texte numérisé non relu

GAYETÉ VIL

Enfant de quatre ans, combien Ta petitesse a de bien !

Combien en a ton enfance, Si elle avoit cognoissance De l'heur que je dois avoir, Et qu'elle a sans le sçavoir!

Mais quand la douce blandice De ta raillarde nourrice Dés le poinct du jour te dit :

« Mignon, vous couchez au lit, Voire es bras de la pucelle, Qui de ses beautez excelle La rose? et de ses beaux yeux Cela qui treluit aux cieux. »

A l'heure, de honte, à l'heure, Mignon, ton petit œil pleure, Et te cachant dans les draps, Ou pétillant de tes bras, Despit tu gimbes contre elle, Et luy dis : « Mammam, ma belle, Mon gâteau, mon sucre doux, Et pourquoy me dictes-vous Que je couche avec Janette? »

Puis ell' te baille sa tette, Et t'appaisant d'un jouet, D'une clef ou d'un rouet, De poix ou de pirouettes, Essuyé tes larmelettes.

Ha! pauvret! tu ne sçais pas :

Celle qui dedans ses bras Toute nuict te poupeline,

et Epigrammes. 397

C'est, mignon, ceste maline, Las ! mignon, c'est ceste-là Qui de ses yeux me brusla.

Que pleust à Dieu que je peusse Pour un soir devenir puce, Ou que les ars Medeans Eussent rajeuni mes ans, Ou converty ma jeunesse En ta peu caute simplesse, Me faisant semblable à toy !

Sans soupçon je coucheroy Entre tes bras, ma cruelle, Entre tes bras, ma rebelle, Ore baisant tes beaux yeux, Or' ton sein délicieux, D'où les Amours qui m'aguettent Mille flèches me sagettent.

Lors certes je ne voudroy Estre faict un nouveau roy, Pour ainsi laisser m'amie Toute seulette endormie.

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