‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 57 sur 223 · Vert de mer · texte numérisé non relu

Vert de mer

Ronsard. — VI. 6

82 Les Poèmes.

Vit ceste dame et en fut amoureux ;

Il s'alluma des beautez de la belle;

Ses yeux luysoient ainsi qu'une chandelle,

Son cœur ardoit de fiâmes consommé,

Ainsi qu'un chaume en un champ allumé,

Qu'une bergère enflame d'aventure

Au temps d'hyver pour tromper la froidure.

Or tellement ce Faune se ravit, Qu'en l'espiant par les bois la suivit Pour voir son giste, à fin que par finesse Il peust jouir d'une telle Princesse.

Ja le soleil estoit tombé dans l'eau, Et ja Vesper de son cheval moreau Porté au ciel en sa coche attelée, Tiroit la nuict à la robe estoilée, Au mesme temps que ie bœuf tout lassé Traine au logis le coutre renversé.

En-cependant le souper on appreste; L'un l'arc au poing court es forests en queste, Cherche la biche et le cerf à l'escart, L'autre de l'eau cherche d'une autre part.

Le cuisinier sous le fusil assemble Mainte filace et mainte fueille ensemble, Maint sec festu ; le caillou fait un bruit Dessous l'acier; la flame qui se suit Par le bas grosse, et par le haut menue, D'un pied tortu se perd dedans la nue; L'autre mainte herbe et fueille va couper, Et fait des licts verdoyans pour souper.

Tandis Hercule avec sa chère peine Lavoit son front en l'eau d'une fontaine, Plein de sueur et de poudre, qui fait L'homme en amours mal-gracieux et laid.

Quand il fut beau et bien poli, sa dame, Sa dame, non, mais son sang et son ame, Qui tout Hercule en ses liens tenoit, Et d'elle seule au cœur se souvenoit, Luy dit : « Seigneur, nous autres damoiselles

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