‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 63 sur 223 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

De fosse égale et le pauvre et le grand, (a) Monstrant par là que la gloire mondaine Et la grandeur est une chose vaine.

Ah! que me plaist ce vers Virgilian, Où le vieillard père Corycian Avec sa marre en travaillant cultive A tour de bras sa terre non-oisive, Et vers le soir, sans acheter si cher Vin en taverne, ou chair chez le boucher, Alloit chargeant sa table de viandes Qui luy sembloient plus douces et friandes Avec la faim, que celles des seigneurs Pleines de pompe et de fardez honneurs, Qui desdaigneux de cent viandes changent Sans aucun goust, car sans faim ils les mangent. Lequel des deux estoit le plus heureux? Ou ce grand Crasse en escus plantureux, Qui pour n'avoir les honneurs de Pompée Alla sentir la Parthienne espée, Ou ce vieillard qui son champ cultivoit, Et sans voir Rome en son jardin vivoit? « Si nous sçavions, ce disoit Hésiode, Combien nous sert la guimauve, et la mode De l'accoustrer, heureux l'homme seroit, Et la moitié le tout surpasseroit. »

Par la moitié il entendoit la vie Sans aucun fard des laboureurs suivie, Qui vivent sains du labeur de leurs doigts, Et par le tout les délices des Rois. « La Nature est, ce dit le bon Horace, De peu contente, et nostre humaine race

a. Var. : 1578.

Ainsi la terre en mesme sépulture Met peuple et Roys par la loy de nature, Qui mère à tous sans nulle passion, De l'un des deux ne fait élection,

92 Les Poèmes.

Ne quiert beaucoup ; mais nous la corrompons, Et par le trop la nature trompons. »

C'est trop presché, donne-moy ma salade; Trop froide elle est (dis-tu) pour un malade.

Hé quoy? Jamyn, tu fais le médecin!

Laisse-moy vivre au moins jusqu'à la fin Tout à mon aise, et ne sois triste augure Soit à ma vie ou à ma mort future; Car tu ne peux, ny moy pour tout secours, Faire plus longs ou plus petits mes jours. Il faut charger la barque Stygieuse :

La barque c'est la bière sommeiiîeuse Faite en batteau ; le naistre est le trespas ; Sans naistre icy l'homme ne mourroit pas; Fol qui d'ailleurs autre bien se propose ! Naissance et mort est une mesme chose.

DISCOURS

D'UN AMOUREUX DESESPERE ET DE SON COMPAGNON QUI LE CONSOLE, ET D'AMOUR QUI LE REPREND.

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