Livre premier
Entre-meslant d'un joyeux entre-las Au doux Amour la farouche Pallas.
[Aussi l'on dit qu'au jour de ta naissance Pallas vouloit avoir seule puissance Dessus ton corps, et qu'Amour indompté Vouloit aussi l'avoir d'autre costé.
Ils se battoient quand Jupiter le père D'un clin de teste appaisa leur colère, Et ordonna que ton corps nouveau-né Autant à l'un qu'à l'autre fust donné.
Ainsi Amour et Pallas te partirent Par la moitié et dans ton âme mirent, Te partissant, diverses passions Selon l'enclin de leurs affections.
L'un te donna courage de le suivre, L'autre un désir de courtiser un livre.
Quant au sçavoir dont Pallas eut le soin De t'honorer, je n'en suis seul tesmoin, Mais ton Palais et la Famé (*) emplumée Qui va semant ta vive renommée, Chante si haut ton sçavoir vertueux Que du Palais le bruit tumultueux Fait place au son que sa trompette entonne, Tant hautement ta louange elle sonne.
Soit pour orer (2) devant les sénateurs, Soit pour fléchir l'oreille aux auditeurs, Soit pour conseil ou soit pour l'escriture, Pour dénouer une matière obscure, Soit pour avoir un jugement certain Et un esprit qui conçoit tout soudain, Soit pour aimer le droit et la justice, Soit pour haïr la fraude et l'avarice, Soit pour conjoindre aux mœurs l'honnesteté Et la douceur avec la gravité, D'un gentil cœur qui tous les deux assemble,