‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 74 sur 223 · Orare : discourir. Nous disons pérorer · texte numérisé non relu

Orare : discourir. Nous disons pérorer

io8 Les Poèmes.

Soit pour loger toutes vertus ensemble, Seul tu le fais : je l'ai bien esprouvé Qui au besoin fidelle t'ay trouvé.

Pource envers toy je suis du tout semblable Au villageois qui, pauvre et redevable, Par tous moyens ne cesse d'essayer Comme il pourra son créancier payer, Et ne trouvant une bourse assez forte Un mol fromage ou des œufs luy apporte, Ou des raisins, des pommes ou des noix. Le créancier qui a le cœur courtois, Prend le présent et le debteur renvoyé En attendant plus sonnante monnoye.

Pren donq ce livre (l) en attendant de moy Meilleur payment qui soit digne de toy. Ce sont souspirs et larmes espandues, Folles amours follement despendues, Qu'Amour chanter par contrainte me fit.

Tu pourras bien en faire ton profit Sans te lier sous l'amoureux servage, Sage et rusé par mon propre dommage.]

Tu me diras : Quoi ! tu parles tousjours De pleurs, de cris, de sanglots et d'amours, Ja tout grison et tout comblé d'affaires Qui sont, Ronsard, à tes amours contraires, Plaids et procès, mille sacs au costé!

Tu es aveugle ou tu es eshonté D'abandonner tes négoces pressées Pour des ardeurs qui sont si tost passées, (a)

a. Var. :

Tu me diras : Et quoy ? la poésie Amuse encor ta folle fantasie?

Veu que tu as tant de sacs au costè,

i . Cette pièce étoit, dans l'origine, en tête du cinquième livre des Poèmes.

Je sens, Du Lac, le faix dessus mon dos, Et les procez qui poignent jusqu'à l'os; Mais m'asseurant sur ta foy non vulgaire, Je te les laisse et si ne m'en chaut guère.

Je suis semblable au pèlerin chargé, Qui par la poudre a long-temps voyagé, Quand sa valise ou son bissac le presse, Au premier hoste en ostage il les laisse ; Il ceint sa robbe, ou la retrousse, à fin Que sans empesche il fende le chemin, Et le premier au logis se repose, Dorme son saoul, et ne pense autre chose.

Ainsi, amy, pour décharger mon faix, Je te resigne et donne mes procez, Papiers et sacs que le Palais gouverne, Vrais enfançons de ce monstre de Lerne, Qui sept arpens sous la panse fouloit, Et d'un seul col sept testes esbranloit; Et toutefois, de sept revers, Alcide Les fît broncher et en fut homicide.

En imitant ce bras Tirynthien, Tu peux trencher mon procez, mais le tien, D'un seul revers, en suivant ta coustume, Non par le fer, mais par ta docte plume.

Procez, en/ans du Palais eshontè :

Pesant fardeau, plustost vilaine engeance, Dont Dieu punit les hommes par vengeance.

no Les Poèmes.

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