Livre premier
L'homme, à qui Dieu a promis sa maison, Qui pense, parle, et discourt par raison, Duquel l'esprit s'en-vole outre la nue, Changeant sa forme, en une autre se mue.
Il est bien vray, qu'à parler proprement, On ne meurt point, on change seulement De forme en autre, et ce changer s'appelle Mort, quand on prend une forme nouvelle. [De l'homme vient un crapaud, un serpent, Meint ver tortu qui sans os va rampant Sur sa carcasse, et le corps changeant d'estre Autre animal en sa place fait naistre; Cet animal se change en autre après.
Ce sont de Dieu les mandements exprès.] (a)
Vois-tu le ver, honneur de la Touraine, Qui de sa bouche avec les pieds ameine Son fil sur l'autre en tirant allongé?
C'estoit un œuf qui en ver s'est changé, Après avoir vomi toute sa soye, Que l'artizan par une estroitte voye, Doit joindre à l'or pour les habits d'un Roy.
Ce vers après, comme ennuyé de soy, Soudain se change, et vole par les prées, Fait papillon aux ailes diaprées De rouge, verd, azur et vermillon;
Puis se faschant d'estre tant papillon, Devient chenille, et pond des œufs, pour faire Que par sa mort il se puisse refaire.
Ne vois-tu pas qu'un œuf engendre un coq Cresté, grifé et barbu, qui le choq D'un autre coq ne craint à la bataille? Engendre un paon, que la nature émaille
a. Var. (1 $84) :
Et quand on cesse à n'estre plus icy,
Des cœurs humains le plus fascheux soucy.
128 Les Poèmes.
Des yeux d'Argus et des couleurs d'Iris? Ce sont aubins altérez et pourris Qui d'une espèce en une autre se forment, Et d'aubins d'ceufs en oiseaux se transforment.
Quelqu'un a dit, de raisons mal garni, Que Dieu n'a fait qu'un grand nombre fini D'âmes au monde, et ces âmes ne meurent, Mais dans les corps par eschange demeurent Selon le bien et le mal qu'elle' ont fait. L'une est pourceau, l'autre un serpent infait, - L'autre un cheval, et l'autre plus gentille Se fait oiseau qui pleure son Itylle. (*)
Levé, Chauveau, de tous costez les yeux; Voy ces rochers au front audacieux, C'estoient jadis des plaines fromentcuses ; Voy d'autre part ces grand's ondes venteuses, Ce fut jadis terre ferme, où les bœufs Alloient paissant par les pastis herbeux.
Ainsi la forme en une autre se change; Cela n'est pas une merveille estrange, Car c'est la loy de nature et de Dieu, Que rien ne soit perdurable en un lieu.
Qu'est devenu l'empire d'Assyrie?
Du Mede, et Grec? comme une herbe fleurie Qui trois mois dure en sa force et vigueur, Ils sont tombez en vieillesse et langueur.
Ceste merveille espouventable au monde, Qui commandoit dés le rivage où l'onde De l'Océan baigne les bords Anglois, Jusques aux bords des vieux peuples Indois, Ce grand, ce fort, cest empire de Romme Est trébuché de sa grandeur, et comme Un foudre ardent sur la terre passa, Puis de ses mains luy-mesme se cassa; Car nul que luy ne le pouvoit défaire, Et nul que luy ne le sçauroit refaire.
i. Procné, l'hirondelle qui pleure son fils Itys.