A JEAN DU THIER
Seigneur de Beau-regard, Secrétaire d'Estat.
(j ui fait honneur aux Roys, il fait honneur à Dieu ;
^^Les Princes et les Roys tiennent le plus grand lieu
Après la Deïté; et qui révère encore
Les serviteurs d'un Roy, le Roy mesme il honore.
Il est vray, mon Du Thier, qu'un seigneur comme toy
Donne plus de travail à célébrer qu'un Roy;
Car la gloire des Roys en sujet est fertille,
Et ne travaille guère une plume gentille,
Ny un esprit gaillard, s'il a receu tant d'heur
Que de ne s'effrayer de chanter leur grandeur.
D'un thème si fécond en abondance viennent Propos dessur propos qui la Muse entretiennent, Comme en hyver les eaux qui s'écoulent d'un mont, Et courans dans la mer file-à-fîle s'en-vont; Mais pour louer un moindre il faut de l'artifice, Afin que la vertu n'apparoisse estre vice.
Si est-ce, mon Du Thier, que les plus grands honneurs Qui sont communs enFrance à nos plus grands seigneurs Te sont communs aussi, et si je l'osois dire, De toy seul à bon droit on les devroit escrire Comme propres à toy ; mais ces Dieux de la court Me happent à la gorge, et me font taire court.
Comme on voit bien souvent aux mines dessous terre, Soientd'argent, soientde fer, degrands pilliers de pierre, Qui sont veus soustenir la mine de leurs bras, Et ahanner beaucoup, et si n'ahannent pas ; Ce sont d'autres pilliers qui loin du jour se tiennent Dedans des coings à part qui tout le faix soutiennent; Ainsi les grands seigneurs, soit en guerre ou en paix, En crédit eslevez, semblent porter le faix