‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 99 sur 223 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Et si ne veux souffrir qu'un acte grand et beau Que tu fis à deux Grecs, aille sous le tombeau, Deux pauvres estrangers qui bannis de la Grèce, Avoient prins à la cour de France leur addresse, Incogneus, sans appuy, pleins de soin et d'esmoy, Pensans avoir support ou d'un Prince ou d'un Roy. Mais ce fut au contraire. 0 Princes, quelle honte, D'un peuple si sacré ( helas ! ) ne faire conte ! Ils estoient délaissez presqu'à mourir de faim, Honteux de mendier le misérable pain, Quand à l'extrémité, portant un trésor rare, S'addresserent à toy ; c'estoit du vieil Pindare Un livret incognu, et un livre nouveau Du gentil Simonide, éveillé du tombeau. (l) Toy lors comme courtois, bénin et débonnaire, Tu ne fis seulement dépescher leur affaire; Mais tu recompensas avec beaucoup d'escus Ces livres qui avoient tant de siècles vaincus, Et qui portoient au front de la marge Dour guide Ce grand nom de Pindare, et du grand Simonide, Desquels tu as orné le somptueux chasteau De Beauregard. ton œuvre, et l'en as fait plus beau Que si Rome fouillant ses terres despouillées En don t'eust envoyé ses médailles rouillées.

Pourquoy vay-je contant, moy François, les bien-faits Qu'à ces Grecs estrangers, libéral, tu as faits, Et je ne conte pas ceste faveur honneste Que je receu du Roy naguère à ta requeste? Si je la celebrois, le vulgaire menteur, Babillard et causeur, m'appelleroit flateur, Et diroit que touspurs ma Muse est favorable Vers ceux qui m'ont receu d'un visage amiable. [Comme toy, mon Du Thier, à qui certes je suis Debteur de tant de bien que payer ne le puis,

1 . Il eût été intéressant de retrouver les noms de ces deux pauvres Grecs, apportant en France pour toute richesse Simonide et Pindare. Je les ai cherchés en vain.

156 Les Poèmes.

Si pour estre payé tu ne prends ceste Muse Que j'envoye chez toy pour faire mon excuse. ] Tu ne la mettras pas (s'il te plaist) à mespris; La Muse fut jadis vers les Roys en grand pris; Des peuples elle fut autrefois adorée, Et de toy par sus tous maintenant honorée.

Elle avecques Phcebus hardiment ose entrer Dedans ton cabinet, à fin de te monstrer Ces vers mal-façonnez qu'humblement je te donne, Et (avecques les vers) le cœur et la personne.

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