‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 104 sur 163 · Imitation d'Horace, ode 9 du livre · texte numérisé non relu

Imitation d'Horace, ode 9 du livre

Q^ATRIESME Livre. 279

Maintenant l'esté boit les veines D'Ide, gazouillante en ruisseaux.

Nous aussi, Melin, qui ne sommes Immortels, mais fragiles hommes.

Suivant cet ordre, il ne faut pas Que nostre ire soit immortelle, Balançant sagement contre elle La raison par juste compas.

N'as-tu point leu dedans Homère, Lors que plus Fardante colère Achille enlloit contre son roy, Que PaUas, la sage guemei-e, Luy happant les cheveux derrière, Tout gromelant l'arresta coy?

Ja sa dague il avoit tirée Pour tuer Theritier d'Atrée, Tant le courroux Taiguillonnoit, Sans elle, gui en son navire L'envoya digérer son ire, Dont tout le fiel luy bouillonnoit.

Combien de fois ce Peleïde Refusa les presens d'Atride Pour appointer! Combien encor De prisonnières lesbiennes Et ae citez mycéniennes!

Et combien de chevaux et d'or!

Tandis Hector armoit la rage, L'horreur et le troyen orage.

Contre les Grecs, et, d'une part, D'un grand caillou froissa leur porte, Et, d'autre part, du feu qu'il porte Darda le foudre en leur rampart.

De quelque costé quil se tourne, Bellone autour de luy séjourne.

Faisant couler Xanthe tout roux Du san^ des Grecs, qui par la plaine Enduroient, innocens, la peine De ce dommageable courroux.

28o Odes.

O monde heureux ! si Promethée D'argile en ses doigts retâtée Le cœur ne nous avoit formé, Le trempant en l'eau stygienne Et en la rage libyenne D'un cruel lyon affamé!

Certainement la vierge Astrée N'eust point quitté nostre contrée, Et les foudres tombez du ciel N'eussent accablé les montaignes; Tousjours fussent par les campagnes Glissez les doux ruisseaux de miel.

Le cheval au milieu des guerres N'eust point ronflé, ny les tonnerres Des canons n'eussent point tonné, Ny, sur les bornes des provinces.

Le camp armé de deux grands princes N'eust point le pasteur estonné.

On n'eust point emmuré les villes Pour crainte des guerres civiles Ny des estranges légions, Ny le coutre de Pharsalie N'eust hurté tant d'os d'Italie Ny tant de vuides morions.

[L'ire, cause que les batailles Jusqu'au fond rasent les murailles De maint palais audacieux.

Et que les buissons et les herbes S'égayent sur les tours superbes Qui souloient voisiner les cieux;]

L'ire, cause des tragédies.

Fait les voix en plaintes hardies Des rois tremblant sous le danger, Et fait les exécrables mères Présenter les fils à leurs pères Sur la table pour les manger;

[L'ire, qui trouble le courage, Ne diffère point de la rage

QjJATRiESME Livre. 281

Des vieux Curetés forcenés, Ni des chastrés de Dyndimène , Quand, en hurlant, elle les mène Au son du buis espoinçonnés;

L'ire, qui les hommes manie.

Changeant la raison en manie, Rien qu'un remords ne fait sentir.

Et pour tout fruit ne nous apporte, Après que son ardeur est morte, Si non un triste repentir.]

Las! ce monstre, ce monstre d'Ire, Contre toy me força d'escrire Et m'eslança tout irrité, Quand, d'un vers enfiellé d'ïambes, Je vomissois les aigres flambes De mon courage despité,

Pource Qu'à tort on me fit croire Qu'en fraudant le prix de ma gloire Tu avois mal parlé de moy.

Et que d'une longue risée' Mon œuvre , par toy mesprisée , Ne servit que de farce au roy.

Mais ores, Mellin , que tu nies En tant d'honnestes compagnies N'avoir mesdit de mon labeur, Et que ta bouche le confesse Devant moi-même, je délaisse Ce despit qui m'ardoit le cœur.

Chatouillé vrayment d'un grand aise De voir morte du tout la braise Qui me consumoit, et de voir Crever ceux qui, par une envie, Troublant le repos de ma vie, Souloient ma simplesse esmouvoir.

Dressant à nostre amitié neuve Un autel, j'atteste le fleuve Qui des parjures n'a pitié Que ny l'oubly, ny le temps mesme,

282 Odes.

Ny la rancœur, ny la Mort blesme, Ne desnou'ront nostre amitié :

Car d'une amour dissimulée Ma foy ne sera point voilée (De faux visages artizan), Croyant seurement que tu n'uses Vers tes amis des doubles ruses Dont se desguise un courtisan.

Ne pense donc que le temps brise L'accord de nostre foy promise, Bien qu'un courroux l'aye parfait.

Souvent une mauvaise cause, Contraire à sa nature, cause Secrettement un bon effait.

Les lis naissent d'herbes puantes, Les roses d'espineuses plantes, Et neantmoins la France peint De l'un son blason, et encore ' De l'autre la vermeille Aurore Emprunte le fard de son teint.

Bien que l'un des fils d'Iocaste La nuict, sous le portail d'Adraste, Et Tydée, enflez de courrons, D'une main horriblement dure, Pour un petit de couverture, Se fussent martelez de coups,

Toutesfois, après ces allarmes.

Amis jurez, prindrent les armes, Et l'un pour l'autre s'employa.

Quand, devant Thebes, le prophète ('), Vif englouti dans sa charrette, Tout armé Pluton effroya.

I. Amphiaraùs, l'un des sept chefs qui combattirent devant Thèbes, fut englouti tout armé avec son char.

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