‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 114 sur 163 · AU ROY HENRY II · texte numérisé non relu

AU ROY HENRY II

Sur ses ordonnances faites l'an M. D. L.

Ode I,

é ! quelles louanges égales 1^ A ton mérite souverain [pRendroient tes Gaules loyales, Fust par mémorables annales.

Ou par vives lettres d'airain,

0 Prince, le plus redoutable

De tous les princes ordonnez

Pour régir les sceptres donnez

A nostre partie habitable ?

N'est-ce pas toy qui nous rapportes

La paix, et qui de toutes pars

As verroullé de tes mains fortes

Le temple béant par cent portes

Où forcenoit l'horrible Mars?

Par toy, jusqu'aux Indes se rue

La navire franche de peur,

29<^ Odes.

Par toy d'un paisible labeur Le bœuf fume sous la charrue.

Par toy, l'abondance, ayant pleine Sa riche corne jusqu'aux bords , A couvert la françoise plaine ; Par toy la plus légère peine Suit les péchés de pied non tors ; Par toy, par l'exploict de ta destre, La France voit ses estendars , Jadis trahis par nos soudars, Toy n'estant point encor leur maistre.

Mais ores que tu l'es, qui est-ce Qui pallira craignant l'Anglois, Ou l'espagnole hardiesse, La Flandre , ou la blonde jeunesse Du Rhin indocile à nos lois?

Et puis que ta police sainte, Qui droittement nous veut guider.

Par la justice a sceu brider Les tiens d'une juste contrainte?

Tes piétons, ta gendarmerie, Qui violoient auparavant Les saints droits de l'hostelerie, Riblant(') les biens par pillerie Comme un blé moissonne du vent; Si bien que tes terres sujettes N'enduroient moins d'affliction, Que la rebelle nation Où les feux ennemis tu jettes.

Ore ta loy, mais un tonnerre, Les effroye plus estonnez Que lors qu'un camp anglois les serre Ou quand par le jeu de la guerre César (2) les presse environnez; Si qu'humble tu fais apparoistre

i . Dissipant avec un ravage désespéré. (R.) 2. Charles le Quint. (R.)

CiNCLUiESME Livre. 29;

Une si grande légion ,

Comme gens de religion

Qui vont muets dedans un cloistre.

Le velours, trop commun en France, Sous toy reprend son vieil honneur.

Tellement que ta remonstrance Nous a fait voir la differance Du valet et de son seigneur, Et du muguet chargé de soye Qui à tes princes s'égaloit, Et riche en cramoisy alloit, Faisant flamber toute la voye.

Les tusques mains (') ingénieuses Ja de trop velouter s'usoient Pour nos femmes délicieuses, Qui sous robes trop précieuses Du rang des nobles abusoient; Mais or' la laine desprisée Reprend son premier ornement, Tant vaut le grave enseignement De ta parole authorisée '2^.

Ceux qui , par un avare outrage , Espoincts d'une meschanceté, Te pinçoient ore le visage, Ore le nez, ore l'image De ta commune Majesté 'J], Maintenant, oyant ta défense, Tiennent leurs mains sans plus congner, Et ton argent sans le rongner, Tremblans de t'avoir fait offense ;

Non espris d'une peur si grande

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