A ANDRÉ THEVET, ANGOUMOISIN
Ode XXIII.
Hardy celui qui le premier Vid au bois le pin montaignier Inutile sur sa racine.
Et qui, le tranchant en un tronc.
Le laissa seicher de son long Dessus le bord de la marine;
Puis, sec des rayons de l'esté, Le scia d'un fer bien denté.
Le transformant en une hune , En mast, entillac, en carreaux, Et l'envoya dessus les eaux Servir de charrette à Neptune !
Tethys, qui tousjours avoit eu D'avirons le dos non batu , Sentit des playes incogneues ;
362 Odes.
Et, maugré les vents furieux, Argon d'un art laborieux Sillonna les vagues chenues.
Sous la conduite de Tiphys L'entreprise (ô Jason) tu fis D'acquérir la laine dorée, Avec quarante chevaliers, En force et vertus les premiers De toute la Grèce honorée.
Les Tritons, qui s'esbahissoient De voir ta navire , poussoient Hors de la mer leurs testes blondes , Et les Phorcydes, d'un long tour, En carolant tout à l'entour, Conduisoientta nef sus les ondes.
Orphé dessus la proue estoit.
Qui aes doigts son luth pincetoit Et respondoit à la navire , Laissant des aiguillons ardans Aux cœurs de ces preux , accordans L'aviron au son de la lyre.
Or si Jason a tant receu De gloire pour avoir deceu Une jeune infante amoureuse.
Pour avoir d'un dragon veillant Charmé le regard sommeillant Par une force monstrueuse ,
Et, pour n'avoir passé sinon Qu'un fleuve de petit renom , Qu'une mer qui va de Thessale Jusqu'aux rivages Medéens, A mérité des anciens Un honneur qui les Dieux égale,
Combien Thevet (•) au pris de luy {a)
a. Var. :
Combien Belon nu pris de luy.