‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 126 sur 163 · Le bord moyen de ses lèvres. (R · texte numérisé non relu

Le bord moyen de ses lèvres. (R

2. Il entend ce que vous sçavez bien, o7x u.r, oiat; 'op,7. aat, dit Anacreon. Ainsi Plaute Bacchidib.) n'osant dire fibrement ce qui est de la parfaicte action d'amour, se coiitente de dire illud quod dici soleî, comme Jean Second :

Quidquid post oscuia dulce.

Comme il Candelaio, Questo che tu m'intendi. Comme nostre TibuUe François le sieur de la Bergerie :

...Une chose Que je sçay bien , et que dire je n'ose.

AiHsi la Sapphon, n'osant dire tout à fait, adjouste : sedomniafiunt, et juvat; et Ovide, encor pour représenter ces parties , use de circonlocution et les appelle :

...Partes In quibus occulté spicula tingit Amor.

Comme aussi Pollux , rô Iv /zéTw î/.aï/sov zocpy.iov ; tel est le secret de ces vers des Priapées :

Hune tu, sed taceo, sois puto quod sequitur. (R.)

346 Odes.

Que se friser de fils d'or.

C'est toy, quand la porte-flame, La Chienne du ciel, enflame Le monde de toutes pars, Qui vois les membres espars De ma dame sur ta rive.

Lors que sur l'herbette oisive Le somme en ses yeux glissant Flatte son corps languissant, Et lors que le vent secoue Son sein, où pris il se joue, Et le fait d'un doux soufler Rabaisser et puis r'enfler; Elle dessus ton rivage Ressemblant un bel image Fait de porphyre veineux, S'il ne fust que ses cheveux La descouvrent sur ta rive Estre quelque nymphe vive; Et que les oiseaux perchez De leurs cols demi-panchez En re-jargonnant l'espient , Et de se tenir s'oublient Sur la branche, tant l'ardeur De ses yeux brusle leur cœur, Et, trepignans dedans l'arbre, Font dessus son sein de marbre Escouler dix mille fleurs, Fleurs de dix mille couleurs, Qui tombent comme une nue Dessus sa poitrine nue :

Si bien qu'on ne peut sçavoir, A la voir et à les voir.

Laquelle, ou de la fleurette Ou d'elle, est la plus douillette.

Vrayment crystal azuré, Crystal gay'ment emmuré D'une belle herbe fleurie,

CiNQjJiESME Livre. 347

Pour avoir fait à m'amie Un doux chevet de ton bord, Quand languissante elle dort; Je t'asseure, ondette chère, Que jamais, ainsi qu'Homère, Noire ne t'appelleray, Mais tousjours je te lou'ray Pour claire, pour argentine.

Pour nette, pour crystalline; Et te suppli' de vouloir, Ains qu'entrer dedans le Loir D'une course serpentiere.

Recevoir l'humble prière Que je fay dessus tes flots, El recevoir en ton los Ces lis et ces belles roses Que je verse à mains décloses Avec du miel et du lait Dessus ton sein ondelet.

Et ces beaux vers que j'engrave Au bord que ton onde lave.

Fille à Tethys, désormais Puisses-tu pour tout jamais Plus qu'argent estre luisante, Et que la Chienne cuisante Jamais dedans ton vaisseau Ne face tarir ton eau!

Tousjours les belles Naiades, Oréades et Dryades , S'entre-serrans par les mains, Jointes avec les Sylvains, Puissent rouer leurs carolles Autour de tes rives molles, Et Pan trépignant menu De son ergot mi-oornu, Guidant le premier la danse Au doux son de la cadence!

Jamais le lascif troupeau,

H^ Odes.

L'aignelet et le chevreau Ne brouttent tes rives franches, Ne jamais fueilles ne branches Ne puissent troubler ton fond , Tombant d'enhaut sur ton front, Front en qui ma Cythérée A sa face remirée !

Ne jamais quelque Roland, Espoint d'amour violant.

Ne honnisse ta belle onde, Mais sans cesse vagabonde , Caquetant sur ton gravois D'une flo-flotante vois, Tousjours sa course verrée (i) Se joigne à l'onde Loirée!

Mais adieu, Fontaine, adieu, Tressaillante par ce lieu Vous courrez perpétuelle D'une course pérennelle.

Vive sans jamais tarir; Et je doy bien tost mourir, Et je doy bien tost en cendre Aux Champs Elysez descendre, Sans qu'il reste rien de moy Qu'un petit je ne sçay quoy.

Qu'un petit vase de pierre (2) Cachera dessous la terre.

Toutefois , ains que mes yeux Quittent le beau jour des cieux, Je vous pri', ma Fontelette, Ma doucelette ondelette , Je vous pri', n'oubliez pas Dés le jour de mon trespas

1 . claire, liquide et transparente , de mesme que Varron ' appelle une robbe déliée et fort claire, vitream togam. (R.)

2. Un tombeau, ou quelque urne servant à garder les cendres des defuncts selon l'antiquité, (R.)

CiNQUiESME Livre. 249

Contre vos rives de dire Que Ronsard dessus sa lyre N'a vostre nom desdaigné^; Et que Cassandre a baigné Sa belle peau doucelette En vostre claire ondelette.

A SIMON NICOLAS Secrétaire du Roy.

Ode XIII(i584)=

Nicolas , faisons bonne chère Tandis qu'en avons le loisir; Trompon le soin et la misère, Ennemis de nostre plaisir.

Purgeon l'humeur qui nous enflame D'avarice et d'ambition; Ayon, philosophes, une ame Toute franche de passion.

Chasson le soin, chasson la peme, Contenton-nous de nostre rien : Quand nostre ame sera bien saine Tout le corps se portera bien.

Une ame de biens affamée Obscurcit tousjours la raison :

Il ne faut qu'un peu de fumée Pour noircir toute la maison.

Faire conqueste sur conqueste De biens amassez sans propos, Ce n'est que nous rompre la teste , Et ne trouver jamais repos.

J'ay raclé de ma fantasie Le monde au visage éhonté ,

3^0 Odes.

Pour vaquer à la poésie Quand j'en auray la volonté.

Voilà le bien que je désire, Sans plus en vain me tourmenter:

Désormais sera mon empire Que savoir bien me contenter (û).

Quand ta fièvre (dont la mémoire Me fait encores frissonner) Ne t'auroit appris qu'à bien boire, Tu ne la dois abandonner.

A toutes les fois que l'envie Te prendra de boire, reboy; Boy souvent, aussi bien la vie N'est pas plus longue que le doy.

C'est un grand bien d'estre hydropique Et d'eau s'enfler la ronde peau :

Des elemens le plus antique Et le meilleur, n'est-ce pas l'eau?

Non seulement la maladie Qui nous surprend par ses efforts Ne rend nostre masse estourdie, Enervant les forces du corps,

Mais elle trouble la cervelle.

Et l'esprit qui nous vient des cieux : Il n'y a part qui ne chancelle, Quand les hommes deviennent vieux.

Puis la mort vient, la vieille escarce; Alors un chacun se repent Que mieux il n'a joué sa farce; Mais bon-temps, à Dieu t'y command'.

a. Var. (1587) :

Afin que mon ame n'empire Par faute de se contenter.

CiNQUiESME Livre. 5^ i

A JANET Peintre du Roy très-excellent.

Ode GENIALE XIV.

Boy, Janet(>), à moy tour à tour, Et ne ressembles au vautour Qui tousjours tire la charongne.

Tu es un sot : un bon yvrongne Autant pour une nopce vaut Qu'un bon guerrier pour un assaut.

Car ce n'est moins entre les pots D'en-hardir par vineux propos Un homme paresseux à boire, • Que pour gaigner une victoire, Rendre à la bataille hardy Un capitaine acouardy.

Boy donc, ne fay plus du songeant:

Au vin gist la plus grande part Du jeu d'amour et de la danse.

L'homme sot qui lave sa panse D'autre breuvage que du vin Meurt tousjours de mauvaise fin.

A bon droit le ciel a donné A l'homme qui n'est aviné Tousjours quelque fortune dure; Autrement la mordante cure, Qui nous cuit l'ame à petit feu, Ne s'en-va qu'après avoir beu.

I. Dans l'éd. de 1 560, il y a Vilain. Est-ce un nom propre ? — Dans celles de IJ67, ijyi et 1573, il y a Janin ; dans celle de 1 584, on lit Janet. Nous avons conservé Janet , dont le nom est historique.

352 Odes.

Après le vin on n'a souci D'amour ny de la cour aussi , Ny de procez , ny de la guerre.

Hé! que celui lâchement erre Qui , faisant ainsi que Penthé, Bacchus en ses vers n'a chanté !

Boy doncques à moy tour à tour, Et ne ressembles au vautour Qui tousjours tire la charongne :

Il vaut mieux voir en peau d'yvrongne Là bas l'infernal passager, Que de crever de trop manger.

Ode XV.

Nous ne tenons en nostre main Le temps futur du lendemain ; La vie n'a point d'asseurance.

Et, pendant que nous desirons La faveur des roys, nous mourons Au milieu de nostre espérance.

L'homme, après son dernier trespas, Plus ne boit ne mange là bas.

Et sa grange, qu'il a laissée Pleine de blé devant sa fin, Et sa cave pleine de vin , Ne luy viennent plus en pensée.

Hé! quel gain apporte l'esmoy.-* Va, Corydon, appreste-moy Un lict de roses espanchées.

Il me plaist, pour me défascher, A la renverse me coucher Entre les pots et les jonchées.

Fay-moy venir Daurat icy ; Fais-y venir Jodelle aussi,

C1NQ.UIESME Livre. jj^

Et toute la musine troupe (;).

Depuis le soir jusqu'au matin Je veux leur donner un festin Et cent fois leur pendre la coupe.

Verse donc et reverse encor Dedans ceste grand' coupe d'or :

Je vay boire à Henry Estienne, Qui des enfers nous a rendu Du vieil Anacreon perdu La douce lyre teïenne.

A toy, gentil Anacreon, Doit son plaisir le biberon, Et Bacchus te doit ses bouteilles; Amour son compagnon te doit Venus, et Silène, qui boit L'esté dessous l'ombre des treilles.

Ode XVL

Mon Choiseul, levé tes yeux :

Ces mesmes flambeaux des cieux.

Ce soleil et ceste lune, C'estoit la mesme commune Qui luisoit à nos ayeux.

Mais rien ne se perd là haut, Et le genre humain défaut Comme une rose pourprine.

Qui languit dessus Tespine Si tost qu'elle sent le chaud.

Nous ne devons espérer De tousjours vifs demeurer,

I . L'excellente pléiade des esprits de son temps , Daurat, Du Bellay, Beileau, Baif, Jodelle, Scevole de Saincte-Marthe, Muret, et nostre poète par dessus tous. [R.} Ronsard. — II. 25

554 Odes.

Nous, le songe d'une vie.

Qui , bons dieux ! auroit envie De vouloir tousjours durer?

Non, ce n'est moy qui veux or Vivre autant que fit Nestor.

Quel plaisir, quelle liesse Reçoit l'homme en sa vieillesse, Eust-il mille talens d'or?

L'homme vieil ne peut marcher, N'ouyr, ne voir ny mascher :

C'est une idole enfumée Au coin d'une cheminée.

Qui ne fait rien que cracher.

Il est tousjours en courroux; Bacchus ne luy est plus doux, Ny de Venus l'accointance; En lieu de mener la dance.

Il tremblotte des genoux.

Si quelque force ont mes vœux, Escoutez, Dieux, je ne veux Attendre qu'une mort lente Me conduise à Rhadamante Avecques des blancs cheveux.

[Aussi je ne veux mourir Ores que je puis courir, Ouïr, parler, boire et rire.

Danser, jouer de la lyre Et de plaisirs me nourrir.]

Ah ! qu'on me feroit grand tort De me traîner voir le bord Ce jourd'huy du fleuve courbe Qui là bas reçoit la tourbe Qiii tend les bras vers le port!

Car je vis , et c'est grand bien De vivre et de vivre bien , Faire envers Dieu son office, Faire à son prince service Et se contenter du sien.

CiNQjJiESME Livre. ^55

Celuy qui vit en ce poinct, Heureux, ne convoite point Du peuple estre nomme Sire, D'adjoindre au sien un empire, De trop d'avarice espoint.

Celuy n'a soucy quel roy Tyrannise sous sa loy Ou la Perse, ou la ^yrie, Ou rinde, ou la Tartarie :

Car celuy vit sans esmoy.

Ou bien, s'il a quelque soin, C'est de s'endormir au coin De quelque grotte sauvage, Ou, le long d'un beau rivage, Tout seul se perdre bien loin;

Et, soit à l'aube du jour, Ou quand la nuict fait son tour Dans sa charrette endormie, Se souvenant de s'amie, Tousjours chanter de l'amour.

Ode XVII.

Mon neveu , suy la vertu :

Le jeune homme revestu De la science honorable Aux peuples, en chacun lieu, Apparoist un demi-dieu Pour son sçavoir vénérable.

Sois courtois, sois amoureux.

Sois en guerre valeureux, Aux petits ne fais injures; Mais, si un grand te fait tort, Souhaitte plustost la mort Que d'un seul poinct tu l'endures.

5^6 Odes.

Jamais, en nulle saison, Ne cagnarde en ta maison; Voy les terres estrangeres , Faisant service à ton Roy, Et garde tousjours la loy Que souloient garder tes pères.

Ne sois menteur ny paillard, Yvrongne ni babillard; Fay que ta jeunesse caute Soit vieille devant le temps.

Si bien ces vers tu entens , Tu ne feras jamais faute.

Ode XVIII. .

Puis que tost je do)^ reposer Outre l'infernale rivière , Hé! que me sert de composer Autant de vers qu'a fait Homère?

Les vers ne me sauveront pas Qu'ombre poudreuse, je ne sente Le faix de la tombe là bas, S'elle est bien légère ou pesante.

Je pose le cas que mes vers, De mon labeur en contr'eschange , Dix ou vingt ans, par l'univers {a) y M'apportent un peu de louange,

[Que faut-il pour la consumer, Et pour mon livre ôter de terre. Qu'un feu qui le vienne allumer, Ou qu'une esclandre de la guerre?]

a. Var. (1587) :

Cent ans ou deux

CiNQUiESME Livre. 3^7

Suis-je meilleur qu'Anacreon , Que Stesichore ou Simonide, Ou qu'Antimache ou que Bion , Que Philele ou que Bacchylide?

Toutefois, bien qu'ils fussent Grecs, Que leur servit leur beau langage, Puis que les ans venus après Ont mis en poudre leur ouvrage?

Donque moy, qui suis nay François, Composeur de rimes barbares, Hé! doy-je espérer que ma vois Surmonte les siècles avares î*

Non-non, il vaut mieux, Rubampré, Son âge en trafiques despendre.

Ou devant un sénat pourpré Pour de l'argent sa langue vendre,

Que de suivre locieux train De ceste pauvre Calliope, Qui tousjours fait mourir de faim Les meilleurs chantres de sa trope.

Ode XIX (').

(j uand je veux en amour prendre mes passe-temps, N^M'amie, en se moquant, laid et vieillard me nomce Quoy! dit-elle, rêveur, tu as plus de cent ans, [me. Et tu veux contrefaire encore le jeune homme ! Tu ne fais que hennir, tu n'as plus de vigueur. Ta couleur est d'un mort qu'on devalle en la fosse. Vray est, quand tu me vois, tu prens un peu de cœur : Un cheval généreux ne devient jamais rosse; Et, si tu ne m'en crois, pren ce miroir et voy

!. Imitée d'Anacréon , ainsi que la suivante. (R.)

358 Odes.

Ta barbe en tous endroits de neige parsemée, Ton œil qui fait la cire espesse comme un doy, Et ta face qui semble une idole enfumée, » Alors, je luy respons : « Quant à moy, je ne sçay Si j'ay l'œil chassieux, si j'ay perdu courage, Si mes cheveux sont noirs, ou si blancs je les ay : Il n'est plus temps d'apprendre à mirer mon visage; Mais, puisque le tombeau me doit bientost avoir, Certes, tu me devrois d'autant plus être humaine : Car le vieil homme doit ou jamais recevoir [ne {a), y. Ses plaisirs, d'autant plus qu'il voit la mort prochai-

Ode XX.

Si tost que tu sens arriver La froide saison de l'hyver, En septembre, chère arondelle, Tu t'en-voles bien loin de nous; Puis tu reviens quand le temps doux.

Au mois d'avril, se renouvelle;

Mais Amour, oyseau comme toy, Ne s'enfuit jamais de chez-moy :

Tousjours mon hoste je le trouve; Il se niche en mon cœur tousjours, Et pond mille petits Amours Qu'au fond de ma poitrine il couve.

L'un a des ailerons au flanc, L'autre de duvet est tout blanc, Et l'autre ne fait que d'éclore;

a. Var. (1587):

Mais, puis que mon corps doit sous la terre moisir Bien tost, et que Pluton victime le veut prendre, Plus il me faut haster de ravir le plaisir, D'autant plus que ma vie est proche de sa cendre.

CiNQUiESME Livre. 3J9

L'un de !a coque à demy sort, Et l'autre en becquette le bord , Et l'autre est dedans l'œuf encore.

J'entens, soit de jour, soit de nuit, De ces petits Amours le bruit, Béans pour avoir la bêchée, Qui sont nourris" par les plus grans, Et, grands devenus, tous les ans Me couvent une autre nichée.

Quel remède auroy-je , Brinon, Encontre tant d'Amours, sinon (Puis que d'eux je me désespère).

Pour soudain guarir ma langueur, D'une dague m'ouvrant le cœur, Tuer les petits et leur mère?

Ode XXL

Ta seule vertu reprend Le vieil Ascrean, c^ui ment Quand il dit que la Justice, La Pitié , le sainct Amour, Ont quitté ce bas séjour, Abhorrant nostre malice :

Car icy bas j'apperçoy Toutes ces vertus en toy, J'en ay fait la seure espreuve; Il n'y a foy n'amitié, Honneur, bonté ny pitié, Qui dedans toy ne se treuve.

Qui dira doncq. Charbonnier, Que ce vieil siècle dernier, Où Dieu Tame t'a donnée, Soit de fer, puis qu'aujourd'huy Par toy l'on revoit en luy La saison d'or retournée?

^6o Odes.

Ode XXII(').

La belle Venus un jour M'amena son fils Amour; En l'amenant m.e vint dire:

« Escoute, mon cher Ronsard, Enseigne à mon enfant l'art De bien jouer de la lyre. »

Incontinent je le pris, Et soigneux je luy appris Comme Mercure eut la peine De premier la façonner, Et ae premier en sonner Dessus le mont de Cyllene ; Comme Minerve inventa Le haut-bois, qu'elle jetta Dedans l'eau toute marrie; Comme Pan le chalumeau, Qu'il pertuisa du roseau Formé du corps de s'amie.

Ainsi, pauvre que j'estois, Tout mon art je recordois A cet enfant pour l'apprendre; Mais luy, comme un faux garson, Se moquoit de ma chanson.

Et ne la vouloit entendre.

ce Pauvre sot, ce me dit-il, Tu te penses bien subtil !

Mais tu as la teste foie D'oser t'egaler à moy.

Qui jeune en sçay plus que toy, Ny que ceux de ton escole. »

Et alors il me sou-rit, Et en me flatant m'apprit

Imité de Bion, idyl. 4. (R.)

CiNQUiES ME Livre. 361

Tous les œuvres de sa mère, Et comme pour trop aimer Il avoit fait transformer En cent figures son père.

Il me dit tous ses attraits, Tous ses jeux, et de quels traits Il blesse les fantaisies Et des hommes et des Dieux, Tous ses tourmens gracieux.

Et toutes ses jalousies.

Et me les disant, alors J'oubliay tous les accors De ma lyre desdaignée, Pour retenir en leur lieu L'autre chanson que ce Dieu M'avoit par cœur enseignée.

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