A SA MUSE
Ode XXXII.
Plus dur que fer j'ay fini mon ouvrage , Que l'an, dispos à démener les pas, Que l'eau, le vent ou le brûlant orage, L'injuriant, ne ru'ront point à bas.
Quand ce viendra que le dernier trespas M'assoupira d'un somme dur, à l'heure Sous le tombeau tout Ronsard n'ira pas. Restant de luy la part qui est meilleure.
Tousjours, tousjours, sans que jamais je meure, Je voleray tout vif par l'univers.
Eternisant les champs où je demeure, De mes lauriers fatalement couvers.
Pour avoir joint les deux harpeurs divers
CiNQJLMESME LIVRE. 379
Au doux babil de ma lyre d'yvoire, Que j'ay rendus Vandomois par mes vers.
Sus donque, Muse, emporte au ciel la gloire Que j'ay gaignée, annonçant la victoire Dont à bon droit je me voy jouissant, Et de ton fils consacre la mémoire, Serrant son front d'un laurier verdissant.
FIN DES ODES
JOANNIS AURATI AD PETRUM RONSARDUM