CONTRE LA JEUNESSE FRANÇOISE
CORROMPUE. (ISSO-)
Esperons-nous l'Italie estre prise, Ou regaigner par meilleure entreprise, D'un bras vindicatif, Le serf butin de nos pertes si amples Dont l'Espagnol a décoré ses temples Dessous le roy captif.?
Que telle gloire est loin de l'espérance,
RETRANCHEES. 45^
Voyant fô temps!) la jeunesse de France
A tout vice estre encline !
Outrecuidée en ses fautes se plaist, Hait l'enseigneur, l'ignorante qu'ell' est
De toute discipline!
Ny escrimer, combattre à la barrière, Ne façonner poulains en la carrière,
Peu vertueuse, n'ose; Suit les putains, les naquets, les plaisans, Et laschement corrompt ses jeunes ans.
Sans oser plus grand'chose.
De telles gens Charles n'a pas donté Naples, Venise, et Milan surmonté
Dessous son joug rebelle.
Mais d'un soldat brave, vaillant et fort, Qui de soy-mesme alloit hastant sa mort
Par une playe belle.
Le pigeon vient du pigeon , et la chèvre Naist de la chèvre, et le lièvre du lièvre;
Le fils tousjours rapporte Le naturel des parens avec luy :
Quel peuple donc pourroit naistre aujourd'huy
De race si peu forte?
La fille preste à marier accorde Trop librement sa chanson à la corde
D'un poulce curieux.
Et veut encor Pétrarque retenir, A fin que mieux ell' puisse entretenir
L'amant luxurieux.
11 n'y a rien que cet âge où nous sommes N'ait corrompu; il a gastè les hommes,
Les nopces sont pollues; Des dieux vengeurs, sans honneur et sans pris, Les temples met l'Alleman à mespris
Par sectes dissolues.
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A SON RETOUR DE GASCONGNE, Voyant de loin Paris. (1550.)
Deux et trois fois heureux ce mien regard , Duquel je voy la ville où sont infuses La discipline et la gloire des Muses!
C'est toy, Paris, que Dieu conserve et gard'! C'est toy qui as de science, avec art. Endoctriné mon jeune âge ignorant.
Et qui chez-toy, par cinq ans demeurant, L'as allaicté du laict qui de toy part.
Combien je sen ma vie heureuse en elle En te voyant, au prix de ces monts blancs Qui ont l'échiné et la teste et les flancs Chargez de glace et de neige éternelle ! Je voy déjà la bande solennelle Du sainct Parnasse en avant s'approcher Et me baiser, m'accoler et toucher, Me r'appellant à son estude belle.
De l'autre part, ma librairie, helas!
Grecque, latine, espagnole, italique.
En me tançant d'un front mélancolique, Me dit que plus je n'adore Pallas.
Un milion d'amis ne seront las Deux jours entiers de me faire la feste. Un Peletier qui a dedans sa teste Muses et dieux, les nymphes et leurs lacs;
D'Aurat, réveil de la science morte, Et mon Berger, qui s'est fait gouverneur Non de troupeaux, mais de gloire et d'honneur, Tiendra mon col lassé d'une main forte. Tel jour heureux, qui tant d'aise m'apporte, Soit par mes vers jusqu'au ciel colloque,
RETRANCHEES. 457;
Et sur mon cœur d'un blanc travers marqué , A celle fin que jamais il n'en sorte!
Mon Oradour ne Maclou n'y sont mie :
L'un est allé à Rome pour le Roy; L'autre en Anjou , esclave de sa foy, Vit sous l'empire assez doux de s'amie. Soit par la reste une joye accomplie.
De folastrer faison nostre devoir.
Ce jour passé, je suis prest d'aller voir Si pour le temps les lettres on oublie.
Plus que devant je t'aimeray, mon livre. A celle fin aue le sçavoir j'apprinse, J'ay délaisse et cour, et roy, et prince, Où j'estoy bien quand je les vouloy suivre. Pour recompense aussi je me voy vivre; Et jusqu'au ciel icy bas remué, Ainsi qu'Horace, en cygne transmué, J'ay fait un vol qui de mort me délivre.
Car, si le jour voit mon œuvre entrepris, L'Espagne docte et l'Italie apprise, Celuy qui boit le Rhin et la Tamise Voudra m'apprendre ainsi que je l'appris. Et mon labeur aura louange et pris.
Sus, Vendomois (petit pays}, sus donques, Esjouy-toy, si tu t'éjouys oncques :
Je voy ton nom fameux par mes escris!
A BOUJU, ANGEVIN. (1550.;
Cestui-cy en vers les gloires Des dieux vainqueurs escrira.
Et cestuy-là les victoires De nos vieux princes dira.
Mais moy, je veux que ma Muse Répande ton nom par l'air,
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Et que toute s'y amuse Si peu qu'elle sçait parler,
Pour estre de nostre France L'un de ceux qui ont défait Le vilain monstre Ignorance Et le siècle d'or refait.
Que celuy qui s'estudie D'estre pour jamais vivant La main d'un peintre mendie, Ou l'encre d'un escrivant;
Mais toy, qui hautain déprise Une empruntée faveur De la main (tant soit apprise) D'un poëte ou engraveur,
Tu peux, maugré la Mort blesme, Mieux qu'une plume ou tableau, T'arracher vivant toy-mesme Hors de l'oublieux tombeau,
Faisant un vers plus durable Qu'un colosse elabouré, Ou la tombe mémorable Dont Mausole est honoré.
Les pyramides, tirées Des entrailles d'un rocher, Jadis des rois admirées.
Le temps a fait trébucher;
Mais, si l'esprit poétique Qui m'agite n'est errant.
Plus que nul pilier antique Ton œuvre sera durant.
Et si prevoy que la gloire De ton vagabond renom Ne fera sonner à Loire, Contre ses bords, que ton nom,
Et, le tournant en son onde, Le ru'ra dedans la mer, A fin que le vent au monde Le puisse par tout semer.