A MACLOU DE LA HAYE
Sur le traité de la paix fait entre le roy François et Henr)' d'Angleterre en 1 5 4 5 .
Il est maintenant temps de boire , Et d'un doux vin oblivieux Faire assoupir en la mémoire Le soin de nostre aise envieux.
Que c'estoit chose défendue Auparavant de s'éjouyr, Ains que la paix nous fust rendue, Et le repos pour en jouyr!
Je dy quand Mars armoit l'Espagne Contre les François indontez
460 Odes
Et ce peuple que la mer bagne (Hors du monde) de tous costez; L'Espagne en picques violentes, Furieuse, et ce peuple icy, Par ses flèches en l'air volantes , A craindre grandement aussi.
Puis que la paix est revenue Nous embellir de son séjour, La joye en l'obscur détenue Doit à son rang sortir au jour.
Sus, page, en l'honneur des trois Grâces Verse trois fois en ce pot neuf.
Et neuf fois en ces neuves tasses , En l'honneur des Sœurs qui sont neuf.
Ces lys et ces roses naïves Sont espandues lentement , Je hay les mains qui sont oisives :
Qu'on se despeche vistement.
Là donc, amy, de corde neuve R'anime ton luth endormy :
Le luth avec le vin se treuve Plus doux , s'il est meslé parmy.
O quel zephyre favorable Portera ce folastre bruit Dedans l'oreille inexorable De Magdaleine , qui nous fuit }
Le soin qui en l'ame s'engrave Secouer aux vents or' tu dois ; C'est chose sage et vray'ment grave De faire le fol quelque-fois.