A LA FOREST DE GASTINE
Donques, forest, c'est à ce jour Que nostre Muse oisive Veut rompre pour toy son séjour,
Aussi tu seras vive.
Je te dy vive pour le moins
Autant que celles voire De qui les Latins sont tesmoins,
Et les Grecs, de leur gloire.
De quel présent te puis-je aussi
Payer et satisfaire , Plus grand que cestuy-là qu'icy
Ma plume te veut faire ?
Toy qui au doux froid de tes bois
Ravy d'esprit m'amuses;
i . Voyez page 1 59 de ce volume une autre ode à la forêt de Gastine, prise en partie de celle-ci.
Toy qui fais qu'à toutes les fois
Me respondent les Muses ; Toy qui devant qu'il naisse en moy,
Le soin meurtrier arraches; Toy encor qui de tout esmoy
M'allèges et défasches; Toy qui au caquet de mes vers
Estens l'oreille oyante, Courbant en bas les cheveux vers
De ta cime ployante, La douce rosée te soit
Tousjours quotidiane, Et le vent qu'en chassant reçoit
L'haletante Diane.
En toy habite désormais
Des Muses le collège, Et ton bois ne sente jamais
La flàme sacrilège.
A CASSANDRE. (i^jo.)
Si cet enfant qui erre Vagabond par la terre Avecques le carquois.
Frère de l'arc turquois, Arc qui me point et mord , Avoit son flambeau mort Allumé dans l'haleine Du géant qui à peine Tient le mont envoyé Sur son dos foudroyé, Et m'en eust en dormant Bruslé le cœur amant , Comme (flàme indiscrette) A la roine de Crète , Encor ne m'auroit tant
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Bruslé , sa flâme estant Reprise en son flambeau , Que ton visage beau , Que ta bouche qui semble Roses et lis ensemble, Que tes noirs yeux lascifs, Armez d'archiers sourcis , Qui mille flesches tirent Dans les miens , qui se mirent En ta face , ô pucelle , Me plaisant plus que celle Qui , desdaignant Tithon , Au matin le voit-on Peindre de mille roses Ses barrières descloses.