‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 24 sur 163 · C'est en faveur du célèbre duel qui fut fait sous le roy · texte numérisé non relu

C'est en faveur du célèbre duel qui fut fait sous le roy

é>4 Odes.

Pren ceste douce couronne Que Chabot pour son vœu donne Au temple de ta grandeur, Lequel, ains que son espée Au sang haineux fust trempée, Du miel de sa langue molle Se desaigrit le souci , Et de sa douce parolle Flatta sa chère ame ainsi :

Antistrophe.

« Une amelasche et couarde Au péril ne se hazarde ; Et d'où vient cela que ceux Qui pour mourir icy vivent L'honneste danger ne suivent , A la vertu paresseux ?

Misérable qui se laisse Engloutir à la vieillesse !

Heureux deux et trois fois l'homme Qui desdaigne les dangers !

Tousjours vaillant on le nomme Par les peuples estrangers.-»)

Epode.

Disant tels mots, il appreste Au combat ses membres torts; De fer il arma sa teste, De maille il arma son corps.

Il prit l'espée en la dextre, Le bouclier en la senestre,

Henry 11, entre la Chastaigneraye et Jarnac, qu'il loue la resolution d'un brave courage , et consacre à la mémoire l'honneur qu'en rapporta le vainqueur. (R.)

Premier livre 65

Et, horrible à l'approcher, Esclairoit comme une foudre Qui chet pour ruer en poudre Le haut sourcil d'un rocher.

Strophe il.

De juger par conjecture La fin de l'heure future Nous rend le cœur plus hautain, Donnant à qui bien y pense Une grande recompense D'avoir preveu l'incertain.

Mesmes, c'est le tout que d'estre Des mains aux armes adestre, Qui doivent meurdrir la face De l'adversaire odieux.

Et qui font au vainqueur place Au plus haut siège des dieux.

Antistrophe.

Toy, devant les yeux de France, Per à per en camp d'outrance, Tu remis dessus ton front Ce qu'on embloit de ta gloire (1), Et j'y gravay la victoire, Que mille ans ne desferont , Tes vertus et ton audace, Et le maintien de ta grâce.

Qui eust adoucy la rage Du plusfoible belliqueur, Si la fureur du courage Ne luy eust sillé le cœur.

1 . On sçait le sujea de la querelle , et le tort que l'on tenoit au sieur de Jamac, qui se vengea de son ennemy de mesme qu'Apollon des enfans de Niobe. (R.) '

Ronsard. — II. ^

66 Odes.

Epode.

Une nue d'erreur pleine (i) Qui nous trouble volontiers, Couvrant la raison , nous meine Esgarez des beaux sentiers, Nous fians (sots que nous sommes!) Aux vents incertains des hommes, Qui soufflent , pour nous tromper, En cent sortes et manières , Et aux faveurs journalières Que le fer sçait bien couper.

Strophe m.

Toutesfois, la palle Envie Epie tousjours la vie De l'homme à qui le bon-heur De la victoire honorable Par sa face vénérable A peint l'image d'honneur.

La loy de nature tourne, Rien de ferme ne séjourne.

Divers vents sont en mesme heure, Ore hyver, ore printemps; Tousjours la vertu demeure Constante contre le temps.

Antistrophe.

Ah ! ce labeur que j'accorde Dessus ma thebaine corde Ne cesse de me tenter, Afin qu'au jour je le monstre Et que je marche à l'encontre

I . Tout ce qui suit est dit à cause de la fortune du sieur de la Chastaigneraye , qui estoit grande en cour et pleine de faveur, et cela luy haussoit le cœur.

Premier LIVRE. 67

Du vainqueur pour le chanter,

Le mariant aux haleines

Des trompettes , qui sont pleines

D'un son furieux et grave.

Qui mettroit à nonchaloir

La victoire que je lave

Dedans les ondes du Loir ?

Epode.

Qu'on chante les nouveaux hynnes , Mais qu'on vante les vins vieux.

Ceux qui font les vertus dignes Sont engravez dans les Cieux.

Du couard la renommée Ne fut oncques estimée (Quoy qu'il face du vaillant), Soit au camp parmy les troupes, Soit en la mer sur les poupes, Lors que l'on va bataillant.

Strophe llll.

La mer a cognu ta race, Humble, appaisant son audace, Sous ton oncle gouverneur, Du flot qui venteux arrive Contre la françoise rive Bruyant encor son honneur.

0 Chabot ! bien peu je prise De gaigner une entreprise Que la Fortune délivre A chacun également ; Mais c'est beaucoup que de vivre Par elle éternellement.

Antistrophe.

Ta vertu seroit trompée.

Et non plus que ton espée

68 Odes.

Mit à vaincre l'ennemi , Non plus vive seroit-elle Si je n'avoy coupé l'aile Du long Silence endormi, Monstre qui a de coustume De couver dessous sa plume La vertu qui s'est parfaite En l'honneur d'un acte beau ; Mais celle que tu as faite N'ira pas sous le tombeau.

Epode.

J'ay juré de faire croistre Ta gloire contre les ans, Faisant par elle apparoistre Combien mes vers sont plaisans.

Qui tesmoignent à la France Comme ta brave asseurance Te fit marcher glorieux , Vestu d'honneur et de gloire, Ayant ravy la victoire Par le fer victorieux.

Page 1