‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 25 sur 163 · A MICHEL DE L'HOSPITAL · texte numérisé non relu

A MICHEL DE L'HOSPITAL

Chancelier de France.

Ode X(i). —Strophe i.

Errant par les champs de la Grâce, Qui peint mes vers de ses couleurs, Sus les bords dirceans j'am.asse L'eslite des plus belles fleurs ,

I C'est un chef-d'œuvre de poésie que ceste ode, faicte en l'honneur de la poésie et d'un grandissime personnage.

Premier LIVRE. 69

Afin qu'en pillant je façonne D'une laborieuse main La rondeur de ceste couronne Trois fois torse d'un ply thebain , Pour orner le haut de la gloire De l'Hospitai, mignon des Dieux, Qui çà bas ramena des cieux Les filles qu'enfanta Mémoire.

Antistrophe.

Mémoire, royne d'Eleuthere, Par neuf baisers qu'elle receut De Jupiter, qui la fit mère, En neuf soirs neuf filles conceut.

Mais quand la Lune vagabonde Eut courbé douze fois en rond (Pour r'enflamer l'obscur du monde) La double voûte de son front, Elle adonc lassement outrée Dessous Olympe se coucha,

Le poète y traicte la naissance des Muses et le voyage qu'elles font chez l'Océan pour y voir leur père , où estans arrivées comme il souppoit, elles chantent trois sujects qui représentent trois stiles divers. Cela fait , avec un ravissement merveilleux, l'une d'elles, au nom de la troupe, demande à Jupiter plusieurs choses excellentes et dignes de leur profession; puis après, ayant obtenu ce qu'elles demandent, le pDête les fait revenir en terre , où il descrit les commencemens de la poésie, ses progrès et son déclin ; enfin , pour venir au suject spécial et particulier de son œuvre , il les fait retourner au ciel , contramctes par l'Ignorance, jusqu'au jour prefix à l'heureuse naissance du grand Michel de l'Hospital, chancelier de France, qui les rameine une autre fois et restablit en terre pour jamais, avec admiration de ses vertus, sçavoir et preud'hommie, que le poète traiae et poursuit excellemment jusqu'à la fin de l'œuvre. ^R.)

Nous avons conser\'é cette note caractéristique de Richelet sur l'ode de Ronsard la plus admirée par ses contemporains.

70 Odes.

Et criant Lucine, accoucha De neuf filles d'une ventrée,

Epode.

En qui respandit le Ciel Une musique immortelle, Comblant leur bouche nouvelle Du jus d'un attique miel , Et à qui vrayment aussi Les vers furent en souci , Les vers dont flattez nous sommes , Afin que leur doux chanter Peust doucement enchanter Le soin des dieux et des hommes.

Strophe il.

Aussi tost que leur petitesse , Courant avec les pas du temps, Eut d'une rampante vistesse Touché la borne de sept ans, Le sang naturel, qui commande De voir ses parens, vint saisir Le cœur de ceste jeune bande, Chatouillé d'un noble désir; Si qu'elles mignardant leur mère, Neuf et neuf bras furent plians Autour de son col , la priant De voir la face de leur père.

Antistrophe.

Mémoire, impatiente d'aise , Délaçant leur petite main , L'une après l'autre les rebaise Et les presse contre son sein.

Hors aes poumons à lente peine Une parole luy montoit,

Premier livre.

Desouspirs allègrement pleine, Tant l'affection l'agitoit^ Pour avoir desja cognoissance Combien ses filles auront d'heur, Ayant pratiqué la grandeur Du Dieu qui planta leur naissance.

Epode.

Après avoir relié D'un tortis de violettes Et d'un cerne de fleurettes L'or de leur chef délié, Après avoir proprement Troussé leur accoustrement Marcha loin devant sa trope, Et, la hastant jour et nuict, D'un pied dispos la conduit Jusqu'au rivage Ethiope.

Strophe m.

Ces vierges encores nouvelles Et mal-apprises au labeur.

Voyant le front des eaux cruelles , S'effroyerent d'une grand' peur, Et toutes pancherent arrière (Tant elles s'alloient émouvant;, Comme on voit dans quelque rivière Un jonc se pancher sous le vent ; Mais leur mère, non estonnée De voir leur sein qui haletoit.

Pour les asseurer les flatoit De ceste parole empennée :

Antistrophe.

« Courage , mes filles (dit-elle) Et filles de ce Dieu puissant

Qui seul en sa main immortelle Soustient le foudre rougissant!

Ne craignez point les vagues creuses De l'eau qui bruit profondement, Sur qui vos chansons doucereuses Auront un jour commandement; Mais dédaignez ses longues rides, Et ne vous souffrez décevoir Que vostre père n'aillez voir Dessous ces royaumes humides.»

Epode.

Disant ainsi , d'un plein saut Toute dans les eaux s'allonge, Comme un cy^ne qui se plonge Quand il voia l'aigle plus haut, Ou ainsi que l'arc des cieux Qui d'un grand tour spacieux Tout d'un coup en la mer glisse , Quand Junon naste ses pas Pour aller porter là bas Un message à sa nourrice (').

Strophe IV.

Elles adonc , voyant la trace De leur mère, qui ja sondoit Le creux du plus humide espace , Qu'à coup de bras elle fendoit , A chef tourné sont dévalées , Penchant bas la teste et les yeux , Dans le sein des plaines salées.

L'eau, qui jaillit jusques aux cieux, Grondant sus elles se regorge, Et , frisant deçà et de là Mille tortis, les avala Dedans le goufre de sa gorge.

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