‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 43 sur 163 · Gouverneur pour le roy en Piedmont. (R · texte numérisé non relu

Gouverneur pour le roy en Piedmont. (R

Premier livre. 103

Sa gloire suffit pour borner Les vers qui le veulent orner.

O bons Dieux 1 on ne sçauroit faire Que la vertu se puisse taire , Bien qu'on tasche de l'obscurcir :

Maugré toute envie elle est forte Et sur le front la lampe porte Qui seule la peut esclaircir. »

Antistrophe.

Ton nom est tant estincelant , Qu'encores, s'on Talloit celant, Dessous le silence il croistroit, Et plus sa flame apparoistroit.

Car, tout ainsi que la mer passe L'honneur d'un chacun élément, Et le soleil semblablement Les moindres feux du ciel efface , Ainsi apparoissentles traits Dont tu esmailles les portraits De la riche peinture tienne , Naïvement sœur de la mienne , Monstrant par ton commencement Que mesme fureur nous affole, Tous deux disciples d'une escole Où l'on forcené doucement.

Epode.

Par une cheute subite Encor je n'ay fait nommer Du nom de Ronsard la mer, Bien que Pindare j'imite.

Horace, harpeur latin, Estant fils d'un libertin (i),

!. D'un sen-iteur affranchi.

104 Odes.

Basse et lente avoit l'audace Non pas moy, de franche race, Dont la Muse enfle les sons Avecque plus forte haleine , A fin que Phebus rameine Par moy ses vieilles chansons ;

Strophe V.

Lequel n-i'encharge de chanter Son du Bellay , pour le vanter Sur tous ses enfans qui ont bien Masché le laurier Delphien (i).

Obéissant à la voix samcte, Mon trait , par le ciel galopant , L'air angevin n'ira coupant Sans que ta gloire en soit atteinte, Chantant l'homme estre bien-heureux Qui en ton nectar doucereux Ses belles louanges enyvre , Mille fois nommé dans ton livre.

Que diray plus ? Le Ciel t'a fait (Te fortunant de main non chiche) Jeune, dispost, sçavant et riche , Dessus son moule plus parfait.

Antistrophe.

Mes doigts ne pourroient se lasser De faire mon batteau passer Parmy les mers de ton renom , Et ramerois encor sinon Que i'ay déjà preveu l'orage Des mesdisans impétueux, Qui contre les plus vertueux

I . Qui sont les meilleurs poètes , qui lauriim momorderunt (Juvenal).

Premier livre. 105

Dégorgent volontiers leur rage , La quelle, en babil s'estendant , Comme un grand tonnerre grondant , De son murmure m'admoneste De tromper l'horrible tempeste, Aboyante tant seulement Les nourrissons des neuf Pucelles, Qui se sont mis au dos des ailes Pour voler éternellement.

Epode.

Ore donc , frères d'Helene, Les Amycleans flambeaux Du ciel, monstrez-vous , jumeaux, Et mettez but à ma peine ; Faites ancrer à ce bort Ma navire en quelque port , Pour finir mon navigage , Et destournez le langage Du mesdisant (:; que je voy, Qui tousjours sa dent travaille Pour me mordre, afin qu'il aille^ Remordre un autre que moy.

AU PRÉSIDENT BOUJU Angevin.

Ode XI L — Strophe i.

LE potier hait le potier, Le févre le charpentier, Le poète tout ainsi

I . De Mellin de Saint-Gelais , à qui la gloire lors et la grandeur de l'esprit de nostre poète faisoit envie. (R.)

io6 Odes.

Hait celuy oui l'est aussi , Comme dit la voix sacrée Du vieil citoyen d'Ascrée ; Mais tu as par ta vertu Ce vieil proverbe abbatu, Vantant mon petit mérite (Sans te monstrer envieuxj Devant nostre Marguerite, Le rare présent des cieux.

Antistrophe.

Phebus ravit les neuf sœurs , Puis leurs picquantes douceurs Ravissent les beaux esprits Qui d'elles se sont épris; Mais mon ame n'est ravie Que d'une bruslante envie D'oser un labeur tenter Pour mon grand Roy contenter, A celle fin que mon œuvre Sa grand'main flatte si bien Que quelquefois je la treuve Prompte à me faire du bien.

Epode.

Celuy qui d'un ret pourchasse Les poissons , ou cestuy-Ià Qui par les montagnes chasse Les bestes deçà et là, C'est afin qu'un peu de proye La fortune luy octroyé; Mais l'homme plein de bon-heur, Qui suit comme toy les princes Et les grands dieux des provinces.

C'est pour se combler d'honneur,

Premier livre. lo'

Strophe 1 1.

Laissant au peuple ignorant Un crevecœur dévorant Béant après la vertu Dont le sage est revestu.

Les uns en cecy excédent, Les autres cela possèdent.

Mais les roys portent sur eux Le sommet des biens heureux.

Au poète qui s'amuse Comme toy de les vanter, Calliope ne refuse De l'ouyr tousjours chanter.

Antisîrophe.

Quand Phebus s'esleve aux cieux, Les ombres fuyent ses yeux :

Ainsi , où ta Muse luit, La sourde ignorance fuit, Rendant les bouches muetes De nos mal-heureux poètes, Qui souloient comme pourceaux Souiller le clair des ruisseaux.

Les beaux vers que j'ay veu naistre Si heureusement de toy Te rendent bien digne d'estre Prisé de la sœur d'un Roy.

Ta fameuse renommée.

Qui doit voir tout l'Univers, Me prie d'estre nommée Par la trompe de mes vers.

Et le feray, car ta gloire

io8 Odes.

Est digne de la mémoire ; Puis les dieux conte ne font De nul papier s'il ne porte, A la dorienne sorte , Ton beau nom dessus le front.

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